Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes à la Commission européenne. De belles photos publiées donnent à penser à un univers bien lisse, sur fond bleu étoilé de jaune. Sauf qu’en prêtant l’oreille aux bruissements des médias et aux analyses d’experts, de petites crapuleries viennent faire tache.

Rédaction : Cadfael

Von der Leyen, une experte en manipulations ?

Déjà en 2014, l’hebdomadaire allemand Focus lui reconnaissait le mérite de « bien maîtriser le jeu avec les médias », à une époque où elle était ministre de la Défense après avoir servi fidèlement sa protectrice, Mme Merkel, dont elle conserve le look suranné.

En 2015, elle refusait des livraisons d’armes à l’Ukraine et prônait le dialogue avec Moscou. Membre de la CDU, tradition familiale oblige puisque son père avait été haut fonctionnaire à la Commission européenne avant de devenir homme politique local, elle avait failli être décapitée politiquement après la découverte de nombreuses irrégularités dans sa thèse de doctorat en médecine. Il fut notamment établi que « 43,5 % des pages de la thèse contenaient du plagiat et que, dans 23 cas, des citations avaient été utilisées sans que les affirmations qu’elles étayaient aient été vérifiées ».

En 2016, après enquête, l’université constatait toutefois « qu’il avait été établi que, bien que la thèse contienne des éléments de plagiat, aucune intention de tromperie n’avait pu être prouvée ». En 2011, une affaire similaire avait conduit à la démission du ministre de la Défense CDU de l’époque, un autre nobliau.

Après un parcours ministériel non exempt de scandales, elle est installée à la tête de la Commission grâce au soutien de Macron et adoubée avec l’aide de l’ultra-droite du Parlement européen. Ne montrant guère de gratitude, elle réussira à évincer le commissaire français Thierry Breton, le seul à lui faire véritablement ombrage, avec la complicité d’un Macron silencieux, sacrifiant ainsi son meilleur atout.

L’année dernière, un grand quotidien conservateur allemand la qualifiait d’« umtriebig », un terme qui désigne étymologiquement quelqu’un de très actif, mais avec une nuance de ruse, à la limite du retors.

Sachant Macron opposé au Mercosur, elle n’attendra pas le vote pourtant nécessaire du Parlement européen pour en décréter l’application immédiate.

Une gouvernance questionnable

Les médias et d’anciens commissaires lui attribuent une « gouvernance questionnable » (Thierry Breton), jugée de plus en plus autoritaire, manquant de collégialité et de transparence. Elle serait en cela soutenue par son directeur de cabinet, Björn Seibert, qui l’accompagne depuis sa période, déjà émaillée de scandales, au ministère allemand de la Défense.

Selon Politico, « il s’est forgé une réputation de travailleur infatigable, de stratège politique avisé et impitoyable ». Contrôlant tout, y compris à haut niveau, il découragerait les contacts avec la presse, certains craignant d’éventuelles représailles.

« Cette Commission est très hiérarchisée : rien ne passe sans l’accord de Bjoern », a déclaré Bas Eickhout, coprésident du groupe des Verts au Parlement européen.

Engluée dans le scandale du Pfizergate, portant sur de lourdes irrégularités présumées dans la négociation directe de contrats de vaccins contre le Covid-19, la reine Ursula a perdu, en mai dernier, le procès intenté contre elle par le New York Times devant les juridictions européennes, sans que cela n’ait eu, à ce jour, de conséquences notables. Une commission d’enquête parlementaire a par ailleurs été bloquée avec l’appui des votes de l’extrême droite.

Dans ce contexte, comment interpréter l’information, jamais démentie, publiée par le quotidien Die Welt en février 2024, selon laquelle elle aurait été candidate au poste vacant de secrétaire générale de l’Otan, une candidature qui aurait été rapidement bloquée par le chancelier social-démocrate de l’époque ?

La semaine dernière, le chancelier Merz a mis un coup d’arrêt aux ambitions budgétaires de la Commission en menaçant d’un veto allemand si les chiffres n’étaient pas revus à la baisse. Avec Macron, il ambitionne de réformer une Commission devenue tentaculaire, forte de quelque 20 000 fonctionnaires, une véritable « usine à légiférer ». Le chancelier allemand la considère désormais comme un frein à la croissance économique.

Kallas l’Estonienne, une meilleure ennemie

Née en 1977, Kaja Kallas a pris ses fonctions de Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité le 1er décembre 2024, avec le rang de vice-présidente de la Commission européenne. Malgré l’intitulé prestigieux de son poste, il s’agit, à en croire les observateurs, d’un véritable champ de mines.

L’ancienne Première ministre d’Estonie est beaucoup plus jeune que la présidente de la Commission, qui pensait probablement avoir affaire à une personnalité malléable, à l’image du président du Conseil européen. Issue de l’une des familles fondatrices de la République estonienne, marquée par les persécutions russes, Kallas voit toutefois ses détracteurs souligner son manque d’expérience diplomatique.

Les observateurs la décrivent comme soumise à la pression d’une présidente toujours à l’affût d’occasions lui permettant d’étendre son périmètre de pouvoir. Les rivalités inhérentes aux États membres, dont certains souhaiteraient davantage la contrôler, ne facilitent guère sa tâche. D’autres aimeraient la placer sous la tutelle directe d’un Conseil des ministres qui constitue lui-même un foyer permanent de rivalités nationales.

À l’inverse, les plus avisés et ils sont peu nombreux, plaident pour un renforcement de son rôle afin de lui donner un accès direct aux commissaires dont les compétences comportent une dimension internationale.

Il y a quelques jours, la télévision publique allemande rapportait qu’Euractiv.com avait révélé que Mme Kallas avait tenu, le mois précédent, des propos controversés sur Israël lors d’une réunion à huis clos avec des représentants du gouvernement mexicain. Que cette fuite, manifestement orchestrée, soit relayée par un média appartenant au groupe de presse catholique Mediahuis, réputé proche du même courant politique que la présidente de la Commission, ne serait bien entendu qu’une pure coïncidence.

Lorsque l’on connaît la sensibilité des responsables politiques israéliens sur ces questions, tous les ingrédients semblent réunis pour fabriquer une affaire aussi embarrassante que potentiellement déstabilisatrice.

Quoi qu’il en soit, nombreux sont ceux qui reconnaissent à Kaja Kallas la volonté de se battre pour l’Europe et pour la préservation de ses prérogatives, même si la méthode peut parfois paraître rugueuse.

Bruxelles est pleine d’oreilles qui écoutent et de paires d’yeux qui observent et rapportent. Le moment semble venu de reprendre le contrôle d’une machine parfois perçue comme lancée en roue libre face à des menaces de plus en plus multiformes.

Photo de couverture : Shutterstock

Pour plus d’actualités internationales

Inscrivez-vous à notre newsletter en suivant ce lien et savourez chaque semaine une sélection pensée pour vous : culture, style, inspirations et actualités, pour les femmes qui cultivent leur regard et leur temps.