Installée au Luxembourg depuis plus d’une décennie, Neha Bhandari a fait du style un véritable outil d’expression personnelle, loin des diktats et des tendances éphémères. Fondatrice de StylizedU, cette fashion stylist et image consultant au parcours international accompagne aujourd’hui particuliers et entreprises dans une approche globale du vestiaire, mêlant identité, confort et conscience environnementale. Entre expertise académique, expérience terrain et regard affûté sur la durabilité, elle défend une vision du style plus réfléchie, plus humaine — et résolument contemporaine.
Vous êtes aujourd’hui personal stylist et image consultant au Luxembourg. Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Je m’appelle Neha Bhandari et je suis personal stylist au Luxembourg depuis un peu plus de onze ans. J’y vis depuis plus de douze ans. À l’origine, je suis arrivée ici en tant que « trailing wife », en suivant mon mari, avec nos deux enfants qui avaient alors un et trois ans. Avant cela, nous vivions en Inde, puis aux États-Unis, en Arizona.
J’ai une formation académique en mode : un Master en Fashion Merchandising and Management obtenu au NIFT en Inde, ainsi qu’un Bachelor en Business Administration. Lorsque nous étions aux États-Unis, j’ai découvert le styling personnel en parcourant les cursus proposés par l’université. C’était le seul domaine que je n’avais pas encore exploré, alors je me suis inscrite, sans aucune intention d’en faire un métier à l’époque.
À ce moment-là, envisagiez-vous déjà de lancer votre propre activité ?
Pas du tout. Je n’avais aucun projet entrepreneurial. J’ai ensuite enseigné en tant que faculty member en fashion sales management dans la même université en Arizona. Quand nous avons déménagé au Luxembourg, j’ai rapidement compris que, sans parler les langues locales et avec un parcours très spécifique, les opportunités salariales étaient limitées. C’est à ce moment-là que l’idée de créer quelque chose par moi-même a commencé à émerger.
Comment StylizedU est-il né ?
Un peu par hasard. J’ai assisté à une rencontre de « mumpreneurs », où des femmes présentaient leurs projets. En les écoutant, j’ai réalisé que j’avais à la fois la formation, l’expérience internationale et la légitimité pour me lancer. Je me suis fixé une date symbolique : le 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes. J’ai créé mon site seule, appris sur le tas, et j’ai lancé mon activité ce jour-là. Au départ, je me disais que si cela ne fonctionnait pas, je pourrais toujours passer à autre chose. Finalement, tout s’est enchaîné.
Votre activité a beaucoup évolué depuis ?
Oui, énormément. J’ai commencé en travaillant essentiellement avec des femmes, puis avec des hommes, des adolescents, et ensuite avec des entreprises. J’ai animé des workshops, travaillé avec des banques, écrit pour des magazines. Pendant le Covid, j’ai aussi observé un tournant très net : les clients sont devenus plus conscients de leurs choix, de l’origine des vêtements, de l’éthique des marques.
C’est ce qui vous a menée vers la durabilité ?
Exactement. Les questions revenaient sans cesse : « Dois-je acheter chez telle marque ? », « Existe-t-il des alternatives plus responsables ? ». J’ai alors décidé de suivre une formation à temps plein en durabilité et innovation sociale à l’Université du Luxembourg. Ce cursus rassemblait des profils très variés – finance durable, industrie, grandes entreprises – et nous demandait d’appliquer ces notions à notre propre secteur. Pour moi, cela a profondément nourri ma pratique.
Comment intégrez-vous la durabilité dans votre métier de styliste ?
Je ne crois pas que la solution soit d’acheter toujours plus. Très souvent, le problème n’est pas le manque de vêtements, mais le manque de combinaisons. Nous portons environ 20 % de notre garde-robe 80 % du temps. Mon travail consiste donc à aider mes clients à mieux utiliser ce qu’ils possèdent déjà, à comprendre les couleurs, les coupes, les associations, et à acheter uniquement ce qui manque réellement.
« Nous portons environ 20 % de notre garde-robe 80 % du temps. »
Neha Bhandari
Quels sont les conseils clés que vous donnez le plus souvent à vos clients ?
D’abord, regarder sa garde-robe comme un tout : vêtements, chaussures, accessoires, et créer des tenues complètes. Ensuite, investir davantage dans les accessoires, qui transforment une tenue et durent dans le temps. Enfin, prendre soin de ses cheveux. On les porte tous les jours, et ils ont un impact énorme sur la perception de soi, même avec une tenue très simple.
Avec quels profils travaillez-vous le plus aujourd’hui ?
Beaucoup de femmes en reprise de travail, notamment après une maternité ou en période de préménopause, lorsque le corps change et que le confort devient essentiel. Je travaille aussi avec des patients atteints de cancer, pour qui les couleurs, surtout près du visage, peuvent avoir un effet émotionnel très fort. Chez les adolescents, ce sont souvent les parents qui me contactent, notamment en lien avec la confiance en soi ou le conformisme vestimentaire à l’école. Enfin, j’interviens régulièrement en entreprise, à la demande des ressources humaines.
Utilisez-vous des outils spécifiques comme l’analyse colorimétrique ?
Oui, mais toujours après avoir compris la personne. Je commence par un long échange pour cerner la personnalité, les croyances, la culture, le mode de vie. Ensuite viennent l’analyse des couleurs, de la morphologie, puis du lifestyle. Je ne stylise pas des corps, je travaille avec l’esprit des gens. La confiance est la clé.
Quelle est l’erreur stylistique la plus fréquente selon vous ?
La peur des couleurs. Beaucoup de personnes disent « je ne porte pas de jaune » ou « je ne porte pas d’orange », alors qu’il existe une infinité de nuances. Le rôle du styliste est justement d’identifier les bonnes tonalités selon la carnation, les yeux et les cheveux.
« Le style ne consiste pas à acheter plus, mais à mieux utiliser ce que l’on possède déjà. »
Neha Bhandari
Une pièce essentielle à posséder absolument ?
Un blazer blanc. Il est incroyablement polyvalent : professionnel, décontracté, habillé. C’est une pièce que je recommande systématiquement, surtout aux personnes actives.
Quels sont vos projets à venir ?
Je poursuis des workshops mêlant style et durabilité, des collaborations avec des clubs et des entreprises, ainsi que des sessions individuelles. J’écris également pour plusieurs magazines, notamment sur la mode et l’art de vivre. Et je développe de plus en plus les cartes-cadeaux et expériences de styling, car les gens privilégient aujourd’hui les expériences aux objets.




