À travers son approche, Rae Lyn Lee nous entraîne dans un voyage émotionnel empreint d’une véritable poésie visuelle. Directrice de la photographie et scénariste, elle a fait du Luxembourg son terrain d’expression cinématographique il y a 15 ans maintenant. Son film Hors d’haleine, co-écrit avec Éric Lamhène, a été largement salué par la critique. En mars dernier, elle rejoignait le jury international du Luxembourg City Film Festival, aux côtés de l’actrice Emmanuelle Béart et du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen. Rencontre avec une femme qui façonne le cinéma luxembourgeois avec justesse et sensibilité.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Margot Houget

Vous êtes née à Singapour avant d’arriver au Luxembourg. Qu’est-ce qui vous a menée jusqu’ici ?

J’ai commencé ma carrière comme photographe de mode pour des magazines comme Femmes. Je réalisais des shootings pour différents titres appartenant au groupe Singapore Press Holdings. Puis, à un moment donné, j’ai ressenti le besoin de donner du mouvement à mes images. J’ai donc intégré la London Film School pour étudier le cinéma. C’est là que j’ai rencontré mon partenaire, Éric Lamhène. Il m’a ensuite proposé de venir au Luxembourg pour travailler sur son film de fin d’études. J’ai alors découvert que l’industrie du cinéma était en plein essor dans le pays. J’ai décidé de rester… Et cela fait maintenant 15 ans que je vis ici.

Pourriez-vous revenir brièvement sur vos différentes casquettes dans le cinéma ?

Je me décrirais d’abord comme directrice de la photographie. C’est, en quelque sorte, la personne qui travaille en étroite col- laboration avec la réalisatrice ou le réalisateur pour définir l’es- thétique du film, la manière dont l’histoire est racontée et les choix artistiques à opérer. Concrètement, je suis responsable de la caméra et de ses mouvements, de la lumière, et je supervise aussi les couleurs des images. Je collabore avec toute une équipe pour donner vie à tout ce que l’on voit à l’écran.

Mais vous êtes aussi scénariste…

Plus récemment, je me suis également tournée vers l’écriture. J’ai co-écrit un premier scénario pour le film Hors d’haleine avec mon partenaire, Éric Lamhène. Cela n’a pas été la chose la plus simple, parce qu’il s’agissait d’un long métrage centré sur les émotions, et celles-ci se traduisent difficilement sur le papier.

« Lorsque mon fils avait moins d’un an, il m’est arrivé d’être sur des tournages où je tirais mon lait dans la voiture entre deux prises. »

Hors d’haleine a d’ailleurs été récompensé à plusieurs reprises dans des festivals depuis sa sortie en 2024. D’où est née l’idée de ce film ?

Nous avons eu l’idée de faire ce film après avoir passé du temps dans un foyer pour femmes. Nous nous sommes rendu compte que ce lieu ne correspondait pas du tout à l’image que la plupart des gens s’en font. Nous avions des idées préconçues et nous pensions qu’il s’agirait d’un endroit sombre, triste, presque lugubre, comme un orphelinat. Nous imaginions y voir des per- sonnes en pleurs et abattues. La réalité fut tout autre. Nous avons découvert un lieu rempli d’amour, de lumière et de force.

Pourriez-vous revenir sur le travail de préparation qu’il a demandé ?

On m’a généreusement permis d’entrer dans plusieurs foyers au Luxembourg. J’y allais régulièrement pour discuter avec les femmes. Ce fut un véritable privilège d’y être accueillie. Avec Éric, nous avons commencé le projet en 2017. J’étais en- ceinte à l’époque. Nous avons terminé le film en 2023. Ce fut un processus très long. Lorsque nous l’avons achevé, notre enfant devait déjà avoir six ou sept ans (rires).

Comment décririez-vous votre approche cinématographique ?

J’essaie de recréer la vie tout en guidant le regard du spectateur vers l’émotion et l’histoire qui doivent être transmises. Au cinéma, tout est un choix. Le fait de mon- trer ou de ne pas montrer un élément est très puissant. Cela peut justement susciter des émotions et raconter des choses qui ne peuvent pas être dites à voix haute. Mon approche tend vers une forme de poésie visuelle, je dirais.

Quelles sont vos inspirations ?

Voir des cheffes opératrices comme Autumn Durald Arkapaw et Reed Mo- rano, dont j’admire profondément le travail, évoluer entre le cinéma et la ma- ternité. Leur parcours rend visible notre réalité. Lorsque mon fils avait moins d’un an, il m’est arrivé d’être sur des tournages où je tirais mon lait dans la voiture entre deux prises, le conservais dans un sac iso- therme, puis retournais immédiatement derrière la caméra. La maternité m’a pro- fondément amenée à réfléchir aux projets que j’accepte et aux histoires que je choisis de raconter.

La suite de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition d’avril 2026.

Photo de couverture : Margaux Gatti, Luxembourg City Film Festival

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