Découvrez la chronique culturelle de Karin Santer sur la pièce de théâtre IVANOV, à l’affiche au Grand Théâtre de Luxembourg jusqu’au 24 avril.

« La petitesse humaine »

Quel plaisir d’aller redécouvrir la première grande oeuvre écrite en 1887 par Tchekhov « IVANOV », pièce mise en scène par Myriam Muller, assistée de Daliah Kentges, actuellement jouée au Grand Théâtre.

Ivanov, remarquablement interprété par Jules Werner, est entouré d’une troupe détestable, pitoyable, ne faisant que se complaire dans des commérages et des mesquineries. Cette communauté se délecte dans l’ivrognerie et ne dégage que ragots et déprime….Ivanov, lui qui était fort, enthousiaste et déterminé, propriétaire terrien apprécié de son entourage, va se laisser influencer et se trouver très vite submergé par ce petit monde qui ne tourne pas rond !

« Tous les ingrédients que l’on aime chez Tchekhov, tels que la bêtise, l’avarice, les mesquineries, les amours ratées se retrouvent dans cette dynamique pièce. »

En effet, rien ne va plus pour Ivanov qui ne devient plus que l’ombre de lui-même…. Sa réputation est épouvantable alors qu’il est accusé d’avoir épousé par intérêt seulement Anna Pétrovna, jouée par Sophie Mousel. Son épouse, jeune femme juive, a renoncé à sa religion pour se convertir au catholicisme par amour pour lui et fut donc rejetée et déshéritée par sa famille. Anna est gravement malade, atteinte de tuberculose et le seul moyen de la soigner et de la sauver serait de l’envoyer suivre un traitement en Crimée. Ce que refuse Ivanov, complètement endetté auprès de Zinaïda, interprétée par Nicole Max, la femme radine de son prétendu ami Lébédev, joue par Valéry Plancke….

Ivanov, à 40 ans, est las, impuissant, totalement insensible à l’agonie de Anna dont il se demande s’il l’aime encore, ne ressentant aucune souffrance pour elle !

Par contre, il ne se gène pas de se rendre régulièrement chez les Lébédev, ces ivrognes qui ne cessent de lui réclamer l’argent emprunté et dont leur fille Sacha, jouée par Manon Raffaelli, est éperdument et follement amoureuse de lui, cet Ivanov qui ne ce sait plus où donner de la tête, étant totalement perdu….

Dans cette société raciste et antisémite, Ivanov, entouré de personnages cyniques, profiteurs, obsédés par l’argent, ne juge pas mais jette un regard amer et désabusé sur ces ivrognes, bêtes et méchants qui gravitent autour de lui…

En effet, tous les ingrédients que l’on aime chez Tchekhov, tels que la bêtise, l’avarice, les mesquineries, les amours ratées se retrouvent dans cette dynamique pièce, mise magnifiquement en scène par Myriam Muller, accompagnée de la subtile musique live de Jorge De Moura, dont la une scénographie est signée Anouk Schiltz.

Onze comédiennes et comédiens, à savoir Mathieu Besnard, Denis Jousselin, Nicole Max, Jorge de Moura, Sophie Mousel, Valéry Plancke, Manon Raffaelli, Raoul Schlechter, Pitt Simon, Anouk Wagener et Jules Werner,  interprètent divinement cette pièce « Ivanov », pauvre homme fatigué, envahi de lassitude et entouré de ce groupe de petites gens, vivant dans un monde d’ennui et de mesquineries.

Cette pièce sera encore jouée au Grand Théâtre les mercredi 22, jeudi 23 et vendredi 24 avril à 19.30 heures.

Karin Santer

Photo de couverture : Unsplash +

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