Longtemps cantonnée à une carrière rationnelle dans la finance, elle a suivi un chemin intérieur hors normes. Entre perceptions précoces, éveil brutal et reconversion assumée, la fondatrice d’Alchimie des sens raconte comment l’invisible s’est imposé comme une évidence… et une vocation.
Rédaction : Maria Pietrangeli
Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours avant la création d’Alchimie des sens ?
Je dirais que l’invisible a toujours fait partie de ma vie. Depuis l’enfance, depuis que je parle, je ressens et je vois des choses. Mais ce n’était pas facile d’en parler. C’était tabou. En famille, on me demandait souvent de me taire, de ne pas trop dévoiler ce que je ressentais, que ce soit des prémonitions ou ce que je percevais chez les autres. J’ai compris assez tôt qu’il fallait « rentrer dans le moule », aller à l’école, travailler, gagner ma vie. J’ai donc suivi un parcours très rationnel : une licence en banque-assurance et gestion de patrimoine. J’ai ensuite travaillé seize ans dans la finance, entre banques suisses et assurance-vie à Luxembourg. C’était une forme de sécurité, une cage dorée aussi.
À quel moment avez-vous senti que l’entrepreneuriat était une évidence pour vous ?
Je savais depuis longtemps que je ne ferais pas ça toute ma vie. Petite déjà, je fabriquais des cartes, je les tirais les cartes avec n’importe quel jeu. Je voyais des choses, mais il y avait toujours cette dualité : d’un côté la spiritualité, de l’autre la foi et l’interdit. Je n’aimais pas la voyance pure, parce que je voyais l’addiction que ça pouvait créer chez les gens. Le vrai basculement s’est fait juste avant le Covid. J’ai été très fortement bousculée, surtout la nuit. J’avais des visions très précises de ce qui allait arriver, des pandémies, des millions de morts. J’en parlais à mes collègues, ils ne comprenaient pas. Moi, j’étais submergée, je pleurais tout le temps. À un moment, j’ai compris que je ne pouvais plus ignorer ce qui se passait.
Pourquoi avoir choisi l’univers du bien-être, des sens et de l’alchimie ?
À cette période-là, j’ai commencé à méditer beaucoup plus, à entrer en transe sans le vouloir. J’ai rencontré des chamans messagers de territoires invisibles qui m’ont dit que j’étais chamane moi-même, que je devais accompagner, guider, faire des soins. Sur le moment, ça m’a presque fait peur. Je me suis dit : « Mais vous êtes fous, je ne vais pas partir au Pérou. » Puis j’ai compris que ce que je devais faire, c’était créer un lieu, un espace. On m’a montré quelque chose qui ressemblait à un centre de bien-être, un endroit où les gens pourraient venir expérimenter, apprendre, se reconnecter. Alchimie des sens est née comme ça, de cette vision.
Quels services proposez-vous aujourd’hui à votre clientèle ?
Mon travail est essentiellement énergétique. Pour certaines personnes, je vais travailler de manière plus douce : lever ce qui sature le corps, équilibrer les chakras, harmoniser le corps physique et éthérique. Le chamanisme, en revanche, va beaucoup plus loin. Je me connecte à l’âme de la personne et je vais libérer les blocages inconscients : karmiques, transgénérationnels, liés aux vies antérieures. C’est quelque chose qui dépasse le mental. Je me laisse guider par l’invisible, je vais là où on me dit d’aller. Je propose aussi des accompagnements sur un à trois mois : soit pour l’éveil et la reconnexion à soi, soit pour des périodes de transition plus difficiles comme les burn-out, les ruptures ou les dépressions.
Vous n’avez jamais eu peur en réalisant que vous voyiez ce que les autres ne voient pas ?
Non, pas du tout. Je ne sais pas ce que c’est une vie sans ça. Depuis que je parle, je dis que je vois et que j’entends. Quand j’étais enfant, je faisais des voyages astraux, je voyais mon corps dormir. Ma grand-mère, décédée, m’accompagnait beaucoup. J’ai longtemps vécu avec une dualité, parce qu’on m’a toujours dit que c’était interdit ou dangereux. Aujourd’hui, j’ai appris à rester à ma place, à ne pas déplacer le libre arbitre des gens.
Qu’est-ce qui distingue votre approche de celles d’autres acteurs du secteur ?
Je ne transmets pas de méthode toute faite. Je ne valide pas une pratique plutôt qu’une autre. Pour moi, tout est déjà en vous. Tant qu’on ne voit pas et qu’on n’entend pas l’invisible, on ne devrait pas bricoler avec l’énergie. Il y a un voile très fin avec l’occulte, et il peut y avoir des conséquences importantes. Mon rôle, ce n’est pas d’être au-dessus des autres, mais d’être un canal. Je lâche le mental, je me mets en transe, et je laisse faire.
Quelles ont été les principales difficultés depuis le lancement d’Alchimie des sens ?
À Luxembourg, j’ai d’abord créé l’entreprise à deux. Mon associée est partie assez rapidement, ce qui a été difficile, mais nécessaire. Financièrement, c’est aussi très exigeant : le loyer, les assurances, le comptable, les plateformes de réservation. J’ai financé les débuts seule.
Quelle est aujourd’hui votre vision pour la suite ?
À court terme, je veux stabiliser et développer l’activité. À plus long terme, j’aimerais créer un lieu plus grand, un véritable espace holistique avec plusieurs thérapeutes, des ateliers, des expériences. Un endroit où l’on vient vivre quelque chose, pas simplement consommer une séance.
Quel conseil donneriez-vous à une femme qui souhaite entreprendre dans un secteur proche du vôtre ?
Je lui dirais de rester alignée, de ne pas chercher à devenir quelqu’un d’autre ou à entrer dans une case. Le travail est intérieur. Tout est déjà là. Mon rôle, c’est de réactiver, mais après, c’est à chacun de faire son propre chemin.
Interview initialement publiée dans le Femmes Magazine de février 2026.



