Le prochain prix Nobel de la paix sera décerné le 15 octobre. Trump répète à l’envi qu’il doit lui revenir, sous le motif qu’Obama l’a reçu avant lui. Décerné par le Comité Nobel norvégien, le prix récompense les initiatives en faveur de la paix émanant d’individus ou d’organisations. Il a souvent été l’objet de controverses au cours de son histoire.

Rédaction : Fabien Grasser

Donald Trump sera-t-il Nobel de la paix ? Obtenir ce prestigieux prix, décerné chaque année par le Comité Nobel norvégien, vire à l’obsession pour le 47e président américain depuis son retour à la Maison-Blanche. Ce désir irrépressible est né d’une frustration, d’un esprit de revanche à l’égard de Barack Obama, lauréat en 2009, quelques mois seulement après son arrivée au pouvoir. « C’est une blessure narcissique pour lui », affirme le politologue français Pascal Boniface dans un entretien avec France Inter.

« Je suis un faiseur de paix », martèle Trump, jurant qu’il aurait « déjà dû l’avoir trois ou quatre fois ». Et rien de mieux pour flatter l’ego du républicain que d’aller dans son sens : « Je pense qu’il mérite ce prix Nobel », a déclaré, le 9 juillet, Brice Clotaire Oligui Nguema, face à un Trump ravi d’être « aussi bien traité ». Mais le président du Gabon avait-il réellement le choix d’une autre réponse, alors qu’il était invité à la table du locataire de la Maison-Blanche ? Plusieurs chefs d’État et de gouvernements ont en tout cas proposé la candidature de Trump au Comité Nobel, à commencer par le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Trump « a arrêté le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge, entre Israël et l’Iran, entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, l’Inde et le Pakistan, la Serbie et le Kosovo, et l’Égypte et l’Éthiopie. Il est grand temps que le président Trump reçoive le prix Nobel », a renchéri sa porteparole, Karoline Leavitt, le 31 juillet.

Autant de conflits dont la résolution doit peu à Donald Trump dans certains cas. Dans d’autres, les accords sont fragiles, celui conclu en juin entre la République démocratique du Congo et le Rwanda ayant rapidement volé en éclats. Et la perspective d’une paix durable en Ukraine, qu’il avait promise dans les 48 heures suivant son retour au pouvoir, s’éloigne après le flop de sa rencontre avec Vladimir Poutine, en Alaska, le 15 août.

Quoi qu’en dise aussi son administration, la décision de Trump de bombarder l’Iran aux côtés d’Israël n’avait rien d’un acte pacifique. Pour les connaisseurs des arcanes du prix, son alignement inconditionnel sur la politique de Netanyahu semble être un obstacle insurmontable sur la route du Nobel, le caractère génocidaire de la guerre à Gaza étant désormais largement dénoncé par des juristes, des historiens et des organisations internationales. Le fait de recevoir le Premier ministre israélien aux États-Unis, alors qu’il est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), pèse également négativement sur les chances de Trump.

La polémique Obama

Mais d’aucuns rappellent que le prix n’est pas exempt de contradictions et que l’on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. L’attribution du prix à Theodore Roosevelt – déjà un président américain – avait nourri le débat dès 1906, s’agissant d’un lauréat connu pour son militarisme et son interventionnisme extérieur. Plus récemment, le prix décerné à Barack Obama en 2009 a été fortement critiqué.

Il lui avait été, d’une certaine manière, attribué de façon anticipée, non pour ce qu’il avait réalisé, mais pour ce qu’il était susceptible d’accomplir. S’il avait bien décroché un nouvel accord international sur le nucléaire militaire au cours de son mandat, Obama était resté engagé dans les conflits irakien et afghan.

The Nobel Peace Center, Oslo, Norvège.

Cette polémique a nourri une réflexion au sein du Comité Nobel, promettant d’en revenir à l’esprit originel du prix tel qu’il avait été voulu par Alfred Nobel (1833 – 1896) dans son testament. Pour l’inventeur de la dynamite et fabricant de canons, il s’agissait de récompenser un individu pour son engagement, dans l’année écoulée, « en faveur de la fraternité entre les nations, de l’abolition ou de la réduction des armées permanentes ou de l’organisation de réunions pour la paix ». Depuis 1901 et le premier prix décerné au fondateur de la Croix-Rouge, Henry Dunant, 105 prix ont été attribués à 110 personnes et à 29 organisations, comme la Croix-Rouge, MSF ou encore l’Union européenne. Leur remise suscite régulièrement des controverses, parfois à rebours.

Une liste tenue secrète pendant 50 ans

C’est le cas pour Aung San Suu Kyi, lauréate en 1991 pour son combat démocratique contre la junte birmane, aujourd’hui fustigée pour ses douteuses positions sur le nettoyage ethnique des Rohingyas. Le règlement du prix ne prévoit cependant pas qu’il puisse lui être retiré. Cas unique, en 1975, l’ancien chef de la diplomatie américaine Henry Kissinger avait lui-même demandé à rendre le prix obtenu deux ans plus tôt, car le cessez-le-feu qu’il avait conclu avec le Vietnam n’était finalement pas entré en vigueur. Sa demande avait été refusée.

Contrairement aux autres prix également créés par Alfred Nobel, qui sont attribués par des académies royales suédoises, celui de la paix est placé sous la responsabilité du Comité Nobel norvégien. Cette instance est composée de cinq membres désignés par le parlement norvégien.

Depuis 2024, elle est présidée par Jørgen Watne Frydnes, un administrateur et politicien norvégien, âgé de 41 ans. Le Comité est saisi chaque année de plusieurs centaines de candidatures, qui doivent lui parvenir avant le 1er février. Elles peuvent lui être adressées par des parlementaires, des chefs de gouvernement, des universitaires, des juristes ou des organisations du monde entier, dont la Cour pénale internationale. Trump a beau fanfaronner, personne ne peut se porter candidat soi-même. Le Comité ne révèle jamais immédiatement cette première liste, un délai de cinquante ans étant requis par le règlement pour sa publication.

Des indiscrétions filtrent cependant toujours et Donald Trump, mais aussi Elon Musk ou encore Gisèle Pelicot figurerait sur la liste des quelque 300 noms examinés cette année. L’instance est parfois pointée du doigt pour le manque de transparence de la procédure. Cette opacité est plus cependant ou moins sciemment entretenue, car cela permet de ménager le suspense et d’attirer, un jour dans l’année, les regards du monde entier sur la Norvège, dont le rayonnement en sort grandi.

Une maison en Normandie

Une fois toutes les propositions de candidature enregistrées, le Comité établit, dans un second temps, une shortlist dont il discute la pertinence avec des experts extérieurs. Le vote final entre les membres de l’instance a lieu en octobre, les jours précédant la désignation du lauréat. Celui-ci est prévenu par un membre du Comité une vingtaine de minutes avant l’annonce officielle.

Cette année, ce sera le 15 octobre, la remise du prix faisant l’objet d’une cérémonie officielle à Oslo, en décembre. Dans l’histoire du Nobel, le prix n’a pas été attribué à 19 reprises, soit parce que les membres du comité n’avaient pas réussi à trancher, soit en raison des deux conflits mondiaux au cours desquels il a été suspendu. Les lauréats sont récompensés d’une médaille et d’une somme d’argent équivalent actuellement à 950 000 euros (11 millions de couronnes norvégiennes).

Les récipiendaires reversent généralement ce montant à des œuvres caritatives quand il s’agit d’individus ou l’utilisent pour renforcer leur action dans le cas d’organisations. Exception notable, en 1926, le français Aristide Briand avait d’emblée prévenu qu’il utiliserait son prix pour s’acheter une maison de campagne en Normandie…

Depuis 1901 et le premier prix décerné au fondateur de la Croix-Rouge, Henry Dunant, 105 prix ont été attribués à 110 personnes et à 29 organisations (…).

Honorifique, le Nobel de la paix a souvent récompensé des actions déterminantes en faveur de la paix, comme celui obtenu conjointement par Nelson Mandela et Frederik de Klerk en 1993. Il peut s’avérer précieux lorsqu’il protège ses récipiendaires, à l’image de la pakistanaise Malala Yousafzai, menacée en raison de son combat en faveur du droit des enfants, récompensée en 2014, à l’âge de 17 ans, ce qui en fait la plus jeune lauréate du prix. Grâce au Nobel reçu en 2017, la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires ICAN a gagné en légitimité auprès du public et des décodeurs et a pu étendre ses campagnes d’information, relèvent ses responsables.

Des exemples bien éloignés des considérations narcissiques qui agitent Trump. Pour le président américain, jaloux du prix obtenu par Obama, l’enjeu se résume à une simple querelle de cour de récréation.

Le Nobel le plus « féminin »

Le prix Nobel de la paix est, avec 19 femmes lauréates, le Nobel le plus féminin. Pas de quoi pavoiser pour autant, puisqu’elles ne représentent que 17 % des 111 individus récompensés, dont 92 sont donc des hommes (29 prix sont par ailleurs revenus à des organisations). Cette part tombe à 6% si l’on prend en compte l’ensemble des prix : paix, physique, chimie, médecine, économie et littérature. Seules 66 femmes ont été récompensées, contre 910 hommes. Encore un petit effort…

Montevideo, Uruguay : une fresque peinte par l’artiste Gallino sur un immeuble de la ville.

La première lauréate du Nobel de la paix, en 1905, était l’Austro-Hongroise Bertha von Suttner. Cette amie d’Alfred Nobel était militante pacifiste, ayant contribué à la création du prix.

La dernière femme à s’être vu décerner le prix est l’Iranienne Narges Mohammadi, récompensée en 2023 pour son combat en faveur des droits humains, dans la foulée du mouvement « Femmes, vie, liberté ». Condamnée à 31 ans de prison et incarcérée dans le sinistre centre pénitentiaire d’Evin, elle n’a pas pu se rendre à Oslo pour recevoir son prix.

Yangon, Myanmar (Birmanie) – Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, est secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie et une critique de longue date du régime militaire.

Les autres lauréates du Nobel de la paix sont l’Américaine Jane Addams (1931), l’Américaine Emily Greene Balch (1946), les Britanniques Betty Williams et Mairead Corrigan (1976), l’Indienne Mère Teresa (1979), la Suédoise Alva Myrdal (1982), la Birmane Aung San Suu Kyi (1991), la Guatémaltèque Rigoberta Menchú (1992), l’Américaine Jody Williams (1997), l’Iranienne Shirin Ebadi (2003), la Kényane Wangari Maathai (2004), les Libériennes Ellen Johnson Sirleaf et Leymah Gbowee ainsi que la Yéménite Tawakkol Karman (2011), la Pakistanaise Malala Yousafzai (2014), l’Irakienne Nadia Murad (2018) et la Philippine Maria Ressa (2021).

Article initialement publiée dans le Femmes Magazine n°269 de septembre 2025.