À Luxembourg, Nirvana Café ne cherche ni à impressionner ni à suivre les modes. Ici, la simplicité est un choix assumé, au service d’une cuisine végane toujours fraîche, abordable et sincère. Depuis plus de douze ans, ce petit restaurant de quartier est le prolongement d’une conviction profonde portée par son fondateur, Sanju Grover. Loin des logiques de rentabilité, Nirvana Café défend une vision engagée de l’alimentation, guidée par le respect du vivant, l’éthique et la cohérence. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, sa philosophie et les valeurs qu’il place au cœur de ce projet, qu’il considère avant tout comme un acte militant et profondément humain.
Nirvana Café n’est pas un restaurant comme les autres. Comment définiriez-vous ce projet ?
Nirvana Café est avant tout un projet social. Très clairement, ce n’est pas un projet financier. Si mon objectif avait été de gagner de l’argent, j’aurais mille autres idées bien plus rentables que la restauration. Ce lieu existe pour une seule raison : promouvoir le véganisme.
Pourquoi le véganisme est-il si central dans votre démarche ?
Ce n’est pas simplement important, c’est essentiel. Je suis convaincu, y compris d’un point de vue scientifique, que si 80 % de la population mondiale ne devient pas végane dans les dix prochaines années, les générations futures ne verront plus la planète telle que nous l’avons connue. L’industrie de la viande est l’un des plus grands pollueurs au monde. Et il y a aussi la question animale : les animaux sont des êtres conscients, vivants, et méritent le respect.
« Ce lieu existe pour une seule raison : promouvoir le véganisme. »
Sanju Grover, fondateur du Nirvana Café
Votre cuisine s’inspire largement de l’Inde. Est-ce un choix délibéré ?
Oui, car la cuisine indienne se prête naturellement à une alimentation végane riche, variée et équilibrée. On retrouve dans les assiettes des lentilles, des pois chiches ou des haricots rouges, très riches en protéines, accompagnés de légumes, de salades et de fruits. Nous ajoutons aussi des pakoras ou des onion bhajis pour apporter de la saveur. Le plat le plus populaire reste le plat du jour, qui change quotidiennement.

La carte est volontairement courte. Pourquoi ce parti pris ?
Je suis presque obsédé par la fraîcheur des plats. Une carte trop longue oblige à préparer de grandes quantités à l’avance et à stocker au réfrigérateur. Servir du frais à 30 ou 40 clients en même temps avec une carte trop large est tout simplement impossible. Pour bien manger, la carte doit rester concise.
« Une carte courte est la seule manière de garantir une cuisine réellement fraîche. »
Sanju Grover, fondateur du Nirvana Café
Qui se cache derrière les fourneaux de Nirvana Café ?
Les cuisiniers viennent majoritairement du sous-continent indien, car nous travaillons une cuisine indienne végane. Le chef principal est népalais, un autre cuisinier vient du nord de l’Inde et un troisième du Bangladesh. Les femmes sont bien entendu les bienvenues, et nous avons déjà travaillé avec une cheffe par le passé.
Le recrutement semble être un défi majeur au Luxembourg.
C’est extrêmement difficile. Le Luxembourg est un pays très riche et très petit, ce qui crée un déséquilibre entre l’offre et la demande. Beaucoup de personnes ont accès à des emplois plus confortables. La majorité des restaurants ont déjà du mal à payer le salaire minimum. Trouver du personnel motivé pour un petit établissement reste un vrai combat.
Vous évoquez souvent l’idée de vouloir vous retirer. Pourquoi ?
Cela fait plus de douze ans que je cherche quelqu’un pour reprendre le flambeau, sans succès. Mon objectif est de promouvoir le véganisme à une échelle beaucoup plus large. Avant de mourir, car la mort est la seule certitude dans la vie, je veux avoir accompli cela.
Votre parcours est étonnant. Vous auriez pu suivre une carrière très différente.
J’ai étudié la physique à l’Université de Delhi, puis la finance en Belgique. Avec ce parcours, j’aurais normalement dû travailler dans une grande entreprise. Mais je pense que j’étais destiné à faire autre chose. Peut-être existe-t-il des énergies, ou quelque chose de plus grand, qui m’a guidé vers ce projet.
Vous parlez souvent d’énergie et de karma.
Je suis convaincu que la théorie du karma est juste. Si l’on fait du mal, cela finit par revenir. Depuis que je mène ce projet, j’ai l’impression de rajeunir. Je cours plus vite que mes employés adolescents et je ne connais pas la fatigue. À mon âge, beaucoup de personnes ont des problèmes de santé ; les miens ont disparu. Je ne l’explique pas scientifiquement, mais c’est mon ressenti.
« Les animaux sont des êtres conscients et méritent le respect… Dans les pays très riches, beaucoup de gens sont profondément tristes, je les invite à se demander pourquoi. »
Sanju Grover, fondateur du Nirvana Café
Quel message souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?
J’aimerais que chacun prenne au moins un moment pour réfléchir au véganisme. Même dans des pays extrêmement riches comme le Luxembourg, beaucoup de gens sont profondément tristes. Ont-ils déjà essayé de se demander pourquoi ?
+ Nirvana Café 1, avenue de la Gare, L-1611 Luxembourg





