Les cartels mexicains, toujours à la recherche de nouveaux débouchés, ont trouvé une solution d’une cruauté hors normes. Si, pour l’Europe, le Mexique est tout au plus une destination de vacances, pour les cartels l’Europe représente un marché important.

Par Cadfael

Le Jalisco New Generation Cartel

Issu du Cartel de Sinaloa dans les années 2000, il s’est fait un nom par la brutalité de ses méthodes et son potentiel d’affrontement tant avec les forces de l’ordre qu’avec ses concurrents, tant au Mexique qu’aux États-Unis. Washington a mis une prime de 10 millions sur la tête de son chef.
Selon des sources américaines, le cartel est actif sur le marché des drogues, notamment les méthamphétamines, la cocaïne et l’héroïne. Dans une optique de diversification, on le retrouve dans l’extorsion, les enlèvements, ainsi que dans l’exploitation minière et forestière illégale. Pour arrondir son chiffre d’affaires, il pratique également le détournement de carburant. « Contrôlant les ports clés du Mexique, le CJNG supervise à la fois l’exportation de marchandises illicites et l’importation de précurseurs chimiques en provenance d’Asie, essentiels à la fabrication de fentanyl et d’autres substances synthétiques. »

Sa politique de communication consiste en des exécutions publiques : l’exposition des corps mutilés de ses ennemis dans les rues, leur pendaison aux ponts, le partage des meurtres sur les réseaux sociaux et l’utilisation de « narcomantas », des banderoles affichant des messages expliquant les crimes commis.

La Diabla

Intervient « La Diabla », une sorte de cheffe de filiale : son idée est aussi simple que dénuée de tout scrupule. Kidnapper un être humain pour le valoriser jusqu’au dernier élément. Ses équipes enlèvent de jeunes femmes enceintes dans les dernières semaines avant la naissance : par césarienne, elles font naître le bébé et le revendent entre 11 000 et 14 000 dollars, selon les médias. Ensuite, elles valorisent le reste du corps post-mortem en vendant les organes destinés à la transplantation.

Le 2 septembre dernier, la carrière de « La Diabla » s’est brusquement achevée lors d’une opération sophistiquée conjointe des forces de sécurité mexicaines (notamment l’unité spécialisée dans la criminalité féminine) et des forces américaines. Elle demeure actuellement en détention au Mexique, avec une demande d’extradition vers les États-Unis.

Cette coopération résulte d’une nouvelle approche de Washington, rendue possible juridiquement par la reclassification des groupes narcos en associations terroristes. L’ensemble des organes diplomatiques et de sécurité dont dispose l’État américain peut être mobilisé, depuis le renseignement en amont jusqu’à la neutralisation et à l’action sur le territoire américain et à l’étranger. Les autorités espèrent ainsi freiner, entre autres, le trafic de bébés et d’organes.

L’Europe, terre d’accueil

Selon des chercheurs spécialisés, les relations entre cartels mexicains et l’Europe sont anciennes. Historiquement, elles reposaient sur des accords concernant la commercialisation de la cocaïne. Cette coopération est en train d’évoluer, selon Ludmila Quirós de « Global Initiative Against Transnational Organised Crime » : « Il s’agit plutôt d’un transfert de savoir-faire et d’une migration en aval de membres de syndicats criminels vers des pays comme les Pays-Bas, la France et la Belgique, où ils contribuent à la création de laboratoires clandestins.»

« Le principal gang carcéral du Brésil est devenu un acteur clé du trafic de cocaïne d’Amérique du Sud via l’Afrique lusophone vers les marchés européens, utilisant le Portugal comme porte d’entrée. Cette migration de membres du PCC (Primeiro Comando da Capital – environ 30 000 membres) vers la péninsule Ibérique a entraîné d’importants changements dans la structure criminelle portugaise. »

Malgré l’efficacité des forces de police et la coopération internationale, les répercussions sur les trafics européens se font sentir. À toutes fins utiles, on notera cette information de la semaine dernière : un commando de trois à cinq individus a pris le contrôle d’un navire marchand à six milles au large de l’Algarve. L’équipage, qui a appliqué les protocoles en se verrouillant dans un espace sécurisé, est indemne. Le but du commando était de récupérer une tonne de cocaïne, ensuite transférée sur une vedette ultrarapide qui a disparu. L’intervention des commandos spécialisés de la marine portugaise est intervenue trop tard.

L’hypothèse avancée est qu’il s’agissait d’un commando colombien ultra-professionnalisé ayant dérobé cette marchandise à des concurrents. Cette opération constitue une première. L’Europe aurait-elle des soucis à se faire ?

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