Directrice générale de l’école de langues Prolingua, Naouelle Tir prend la plume dans le nouveau livre Tu seras une FIV, ma fille !, aux Éditions Vérone. Écrit comme un manuscrit personnel, sans vocation à être publié initialement, il retrace son parcours de FIV au Luxembourg, dans l’espoir de devenir un jour maman. Un récit sans filtre sur un sujet encore tabou dans la société, et notamment dans la sphère professionnelle, alors que l’infertilité concernerait près d’un couple sur quatre en France. Dans cette interview, Naouelle Tir revient sur le véritable tourbillon de la procréation médicalement assistée auquel elle a été confrontée.


Propos recueillis par Margot Houget

Qu’est-ce qui vous a conduite jusqu’au Luxembourg ?


J’ai d’abord travaillé plusieurs années à Paris pour Reed Midem. Je m’occupais plutôt de la partie retail, des enseignes à l’international pour le MAPIC (Marché International de l’Im- plantation Commerciale et de la Distribution). L’une des enseignes m’a un jour invitée à Londres pour un bal de charité. J’ai rencontré le CEO du groupe Northern & Shell, qui possède The Express Newspaper et OK! Magazine. Il m’a alors proposé de devenir directrice du licensing international. J’ai été obligée de déménager à Luxembourg pour ce poste. J’ai tout quitté, du jour au lendemain.

Comment avez-vous vécu votre installation ?

Passer d’une structure de 350 personnes à Paris, avec une vie sociale très riche, à un bureau, où nous n’étions que trois au départ a été assez compliqué. Je me suis retrouvée seule au Luxembourg, sans amis, sans compagnon ni famille, tout en voyageant chaque semaine. Lorsque j’étais en déplacement, c’était stimulant, car je rencontrais beaucoup de monde dans le cadre du développement commercial. En revanche, j’ai ressenti beaucoup de solitude à Luxembourg au départ.

Votre livre Tu seras une FIV, ma fille ! est paru en décembre dernier. Comment vous êtes-vous lancée dans l’écriture sans être issue du monde des lettres ?

J’ai tout de même suivi des études littéraires. Depuis petite, j’ai toujours écrit : des nouvelles, des poèmes, des chansons… Au départ, Tu seras une FIV, ma fille ! n’avait pas vocation à être publié. C’était un manuscrit, parce que je ne pouvais pas parler de ce qui nous arrivait avec mon compagnon. L’écriture a été cathartique. Je ne me doutais, à aucun moment, que ce livre serait un jour publié. C’est un hasard. Lors d’une discussion avec une amie en fin de parcours de FIV, elle m’a dit : « Envoie-le à des éditeurs. Avec toutes les personnes concernées par la PMA, je suis sûre que cela trouvera une résonance et pourra les aider. »

« Quelle que soit la pathologie, et même lorsque l’infertilité est d’origine masculine, c’est la femme qui suit le traitement hormonal. »

Dans les premières pages du livre, vous revenez sur l’annonce de l’infertilité de votre partenaire. Qu’avez-vous ressenti à ce moment précis ?

Je suis une femme qui a toujours voulu avoir des enfants. J’ai quatre nièces avec lesquelles j’ai des liens forts. J’aime le monde onirique des enfants. J’ai toujours voulu être maman. Ensuite, pour remettre aussi du contexte, je venais d’arriver ici. Mon gynécologue était encore à Paris. Je n’avais pas de médecin à Luxembourg et j’avais eu de mauvais retours à l’époque. Je n’étais pas hyper rassurée. Autant je suis une femme qui prend les choses en main, autant là, j’ai eu un moment de flou artistique. Tout s’écroulait autour de moi. C’est une amie qui m’a dit: « Tu sais, il y a un centre de PMA à Luxembourg. » Elle a été ma sauveuse sans le savoir. Et là, j’ai rencontré des gens extraordinaires dans un centre extraordinaire, qui n’existe malheureusement plus*.

*Aujourd’hui, il existe le Centre de fertilité de la Maternité du CHL.

Quelles sont les différentes étapes d’une FIV ?

D’un point de vue physiologique, il s’agit avant tout d’une stimulation ovarienne. Quelle que soit la pathologie, et même lorsque l’infertilité est d’origine masculine, c’est la femme qui suit le traitement hormonal. Tous les jours, à des heures fixes, on se pique autour du nombril. Évidemment, il y a des contrôles réguliers pour voir comment les ovocytes évoluent, jusqu’à la ponction folliculaire. Ce geste chirurgical permet de prélever les ovocytes matures. En parallèle, il y a le recueil et la préparation du sperme, qui constituent la seule intervention de l’homme. Dans notre cas, nous avons eu recours à une FIV ICSI (il en existe plusieurs types). Le spermatozoïde est directement injecté dans l’ovocyte. Cette technique est utilisée pour les infertilités masculines sévères. Ensuite, l’embryon est cultivé en laboratoire. S’il se développe correctement, il est transféré dans l’utérus. Et après, il faut attendre, attendre… Quatorze jours, c’est très long.

Combien de temps s’est écoulé entre le début du parcours de FIV et la naissance de votre enfant ?

Presque cinq ans avant le graal. C’est marrant, 11 ans et demi plus tard, je suis toujours nerveuse quand j’en parle. Ça a été une période assez compliquée, qui n’a rien de très beau. Ça remue beaucoup… Je suis normalement quelqu’un qui a beaucoup d’humour, je tourne tout en dérision. Dans mon livre, il y a beaucoup de tristesse, mais il y a aussi beaucoup d’aspects comiques. C’est le fait d’en rire et de faire de l’humour qui m’a sauvée. Je l’ai appelé mon bébé Picard (rires).

Qu’avez-vous pensé de la prise en charge au Luxembourg ?

Je trouve que nous n’avons pas du tout été accompagnés. Même si j’ai eu la chance de rencontrer un médecin et des infirmières exceptionnels, le reste… c’est une autre histoire. Vous le verrez dans le livre, notamment au moment où je perds les bébés. Il y a des remarques, des réflexions qui font très mal dans ce type de parcours… Ce manque d’accompagne- ment est le cri du cœur du livre, pour que les générations suivantes ne vivent pas la même chose. Une FIV, c’est un parcours de vie que l’on ne choisit pas. Devenir parent est quelque chose de naturel. Une FIV, en revanche, ne l’est pas.

Et aujourd’hui, comment allez-vous ?

Je vais bien. J’ai d’autres combats à mener sur le plan professionnel, avec ma double casquette de Directrice générale de Prolingua et de maman divorcée. C’est assez sportif au quotidien, mais j’arrive malgré tout à organiser mon temps. Je ne m’occupe pas toujours assez de moi, j’ai tendance à faire passer les autres avant. Mais ma fille va bien, en tout cas d’après ce que je vois et ce que l’on me dit. Je suis une femme heureuse. Moi, j’ai choisi le bonheur dans la vie.

Article initialement paru dans Femmes Magazine édition juin 2026

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