Marie Jung a le vent en poupe, au cinéma où sort The Wolf, the Fox and the Leopard et à la télé où elle termine le tournage de la 2e saison de Marginal. Mais les scènes de théâtre de Suisse, d’Allemagne, du Luxembourg et de France (cet été, elle jouera au Festival d’Avignon) ne sont pas loin. Hasard du calendrier, on échange un 27 mars, journée dédiée au théâtre. Celle qui défend un féminisme à tricoter avec les hommes affirme aussi « ce serait mieux si on communiquait un peu plus. » Issue d’une famille d’artistes, maman d’une petite fille de sept ans, de nature nomade et d’état d’esprit enfantin, Marie se ressource grâce à une vie en famille à la campagne. Elle se raconte en toute liberté.


Rédaction : Karine Sitarz

Vous êtes née à Dudelange et avez grandi à Bâle en Suisse. Quel souvenir gardez-vous de ces deux villes de votre enfance ?

Je n’ai pas vraiment de souvenirs du Luxembourg, car mes parents m’ont pour ainsi dire « exportée » après quelques semaines (rires). J’ai passé mes quatre premières années à Zurich puis grandi à Bâle, dans un pays privilégié. Je m’y suis adaptée au mieux, je parlais le dialecte bâlois, j’ai appris l’allemand et le suisse-allemand dès la maternelle et à la maison, on parlait le luxembourgeois. Voilà pourquoi les langues, plus que les lieux, sont ma vraie patrie. Le Luxembourg, je l’ai connu en 2020 quand, à 35 ans, j’y ai emménagé. Avant j’y venais en vacances, ce pays, c’était la maison de ma Bomi à Belair et celle de mon autre grand-mère à Junglinster, un endroit où il faisait bon vivre. Après ma scolarité et mon bac à Bâle, je suis partie comme jeune fille au pair à Agde pour changer d’air et de vie puis j’ai fait une école de théâtre à Vienne, on m’y a acceptée à ma première audition !

Jeune fille, quels étaient vos hobbies ?

Mes passions évoluaient par phases, mais quand je m’intéressais à quelque chose, c’était toujours à fond ! En primaire, on avait étudié les oiseaux d’Europe, cela m’avait tellement plu qu’à neuf ans, pour ma communion, j’ai demandé des jumelles et je suis allée dans la forêt les observer. Je reconnaissais les chants d’une trentaine d’oiseaux ! Je me revois aussi petite, dans ma chambre, à écouter plein d’histoires grâce à des petites cassettes.

Vous avez vécu dans une famille d’artistes, avec des hommes de lettres et de théâtre, notamment votre père André Jung, et avec des femmes plasticiennes, comme votre grand-mère et votre sœur. Devenir comédienne, était-ce l’évidence ?

Il y avait aussi mon grand-père écrivain, Léopold Hoffmann… Pour nous, être artiste faisait partie de la vie, on ne devait pas forcément en faire un métier. Pour mes études, je me suis intéressée aux langues, à la psychologie et à l’éducation, notamment celle pour les personnes à besoins spécifiques. Mais un beau jour, je me suis dit : « et si je devenais actrice », trois mois plus tard, j’étais à Vienne.

Le cinéma puis la télévision sont venus après le théâtre dans votre vie, mais ils y ont une place importante aujourd’hui…

J’ai terminé en 2009 le Max Reinhardt Seminar à Vienne puis intégré le théâtre de Bâle, avant de rejoindre deux prestigieux théâtres en Allemagne, le Münchner Kammerspiele puis le Thalia Theater à Hambourg. Quand on fait partie de tels ensembles, il reste peu de temps pour tourner des films, on travaillait 7 jours sur 7 et on jouait en moyenne une douzaine de pièces en parallèle. Après la naissance de ma fille, j’ai osé franchir le pas et je me suis libérée pour pouvoir tourner, j’ai démissionné du théâtre de Hambourg en octobre 2019, depuis je travaille en indépendante.

Est-ce difficile de concilier la vie sur scène ou sur les tournages et la vie de famille ?

Oui, bien sûr, mais avec le temps, on développe des mécanismes qui aident. Quand je reviens d’un tournage de plusieurs semaines, je dois tout de suite être là pour ma fille, physiquement et mentalement, les enfants ne pardonnent pas. C’est toujours un challenge. Le mode de vie change, pendant des semaines, tout est organisé afin qu’on se concentre uniquement sur son métier, sur son texte. De retour à la maison, on retrouve la vie normale avec les impératifs et les emplois du temps du quotidien.

Vous avez écrit pour le théâtre, je pense à Poupette, pièce centrée sur la condition des femmes. Quel est votre rapport à l’écriture ?

Comme je l’ai dit, les langues ont toujours eu une grande place dans ma vie, les mots m’ont toujours fascinée. J’ai commencé à écrire à 13 ans des petites choses abstraites en lien avec des choses vécues, des sortes d’aphorismes, de petits textes elliptiques, mais personne ne les avait vus avant que Frank Feitler ne m’incite à publier. Je suis timide sur ce sujet, cela me fait un peu peur. Écrire, c’est une manière plus intime, plus fragile de se donner que de jouer.

Il faut dire que Poupette était en partie autobiographique…

C’est un texte qui parle des femmes. Il traite de la douleur et de la colère qu’on a quand on perd un enfant. Comment continuer à vivre alors que son propre corps « ne fonctionne pas » ? Il y a une dizaine d’années, les femmes parlaient encore moins qu’aujourd’hui de fausses couches et d’avortement. Et il traite de bien d’autres questions, essentielles ou plus légères comme comment ne pas être fâchée quand une femme s’entend dire : « Ne parle pas si fort. » C’est la jeune metteuse en scène allemande Franziska Autzen, une artiste que je respecte beaucoup et que j’ai rencontrée à Hambourg, qui m’a mise en scène au Théâtre national du Luxembourg.

La suite de l’interview est à découvrir dans Femmes Magazine édition juin 2026

Photo de couverture : Matthias Müller

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