Si « manger bio » ou « privilégier les producteurs locaux » a longtemps été synonyme de pratique élitiste et onéreuse pour les foyers, il semble aujourd’hui impératif de choisir avec soin son alimentation pour un maximum de bien-être, de goût et de karma ! Que l’on s’adonne à un shopping gourmand ou à une sortie gastronomique, le bio et le local s’imposent clairement dans nos assiettes et nos verres, il serait donc dommage de louper le coche…
Rédaction : Fabien Rodrigues
Pour manger mieux, l’étiquette bio a tenu le haut du panier dès son avènement, au début du siècle. Mais aujourd’hui, la provenance souvent lointaine des produits estampillés de la sorte et les critères plus ou moins flous et variables en fonction des pays de l’appellation ont quelque peu terni son aura vertueuse. Plus tangible, le « manger et boire local » a plus que jamais le vent en poupe et s’invite volontiers sur nos tables, toutes CSP confondues, afin de satisfaire notre besoin de connaître et de valoriser ce que l’on consomme et qui le produit…
Shopping gourmand et conscient
Les enseignes de la grande distribution incorporent aujourd’hui à leur offre des rayons dédiés à l’alimentation bio, c’est indéniable – et pratique pour qui doit panacher ce type d’achat avec de « grosses » courses efficaces… Mais c’est toujours auprès des magasins spécialisés qu’il est possible de trouver les meilleurs produits.
Le groupe le plus connu, Naturata, possède aujourd’hui des emplacements très prisés à travers le pays, mais a été rejoint dans le secteur du bio par des adresses plus « boutique » comme Naturalia, qui fait partie du groupe Monoprix et que l’on peut trouver par exemple en plein cœur du centre-ville de Luxembourg, rue Philippe II ; Alavita, enseigne locale et chic avec une boutique et un restaurant à Bonnevoie ainsi que trois autres magasins – au Limpertsberg, à Mersch et à Junglinster ; ou encore Bio-Planet, le supermarché bio du groupe Colruyt, ouvert, lui, en 2024 à Gasperich…
Mais manger mieux aujourd’hui, c’est aussi inclure la dimension sociale et réduire son empreinte.
Mais manger mieux aujourd’hui, c’est aussi inclure la dimension sociale et réduire son empreinte. Pour cette dernière valeur, Kilogram.lu est en quelque sorte l’héritier de OUNI, premier projet à avoir mis le « sans emballage » en lumière au Luxembourg, malheureusement victime de la pandémie. Lancé par Stéphanie Lamberty puis repris fin 2024 par l’entrepreneuse Anne Harles – cofondatrice d’Alavita – le site d’alimentation allie bio, local et zéro emballage. « Chacun de nos produits alimentaires possède au moins deux de ces critères. Ceux-ci sont affichés clairement sur tous nos produits. Lorsque vous parcourez le catalogue, vous filtrez en fonction de ce qui est important pour vous » : voilà la promesse claire et très user friendly de Kilogram.lu, qui propose de plus des livraisons à domicile, au Luxembourg et en Belgique proche, ainsi qu’un large réseau pour les retraits, mais aussi des recettes et un blog dédié.
Sans oublier les petites boutiques et épiceries bio hors capitale, comme la Biobuttek à Capellen et à Differdange, Mesa à Esch-sur-Alzette, Haff Trifolie à Nommern et bien d’autres…
La dimension bonne et sociale, elle, passe évidemment par le manger local et une prédilection assumée pour les circuits courts et les producteurs locaux.
En ce qui concerne la viande, il existe évidemment quelques belles fermes à travers le pays qui proposent de la vente directe sur place ou que l’on peut retrouver sur les différents marchés luxembourgeois, notamment pour la viande, les œufs, le lait… En ce qui concerne les légumes, outre l’achat sur place, la tendance est plus que jamais aux paniers ! On ne présente plus Sandrine Pingeon, reine du genre et chouchoute des restaurants étoilés du Grand-Duché. Les Paniers de Sandrine sont toutefois toujours ouverts au public à Munsbach le mardi et vendredi après-midi ainsi que chaque troisième samedi du mois… La coopérative participative Terra, fondée en 2014 par un agro-écologiste, un permaculteur et un maraîcher « unis par leur rêve de créer un système de production sain et régénératif » a également fait du « zéro intermédiaire » sa spécialité…
Enfin, un modèle vertueux est à bien garder en tête du côté de Junglinster avec le nouveau projet Equisolidaire. « Aujourd’hui plus que jamais, nous devons réfléchir sur les questions du développement durable et du social ensemble. La nouvelle ASBL Equisolidaire s’inscrit dans la lignée de nombreuses autres institutions et projets qui ont été créés ces dernières années dans notre commune. Equisolidaire est tout d’abord une association qui veut mettre en route des projets d’inclusion sociale et d’intégration. Notre engagement se base sur l’idée que nous devons donner une place à chacun dans ce grand projet de transformation vers une société résiliente. Le vivre ensemble et la solidarité sont nos valeurs qui soutiennent notre réflexion pour analyser la situation actuelle et trouver des réponses pragmatiques aux défis de notre génération », explique ainsi son président, Paul Estgen. Cette initiative, soutenue par le ministère de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble et de l’Accueil, combine un hub associatif pour accompagner les associations à une structure unique, Les Jardins du Loup, projet d’accompagnement socioprofessionnel autour du maraîchage en permaculture qui permet à des bénéficiaires du REVIS, dans le cadre des travaux d’utilité collective, d’acquérir une expérience professionnelle.
On y retrouve d’ailleurs comme responsable du projet Senad Alic, qui avait déjà créé dans la ville feue la coopérative Lët’z Grow, qui avait réussi à promouvoir l’ultralocal avant sa fermeture il y a quelques mois… Des jardins et une grande serre, complétés par une cuisine professionnelle, permettent de cultiver et de transformer (pour conservation) de bons légumes toute l’année. Les jardins du Loup emploient en l’occurrence des personnes qui n’ont pas les compétences linguistiques nécessaires pour accéder au premier marché du travail, les soutiennent dans l’acquisition de la langue française tout en leur fournissant un encadrement pour faciliter leur insertion professionnelle. Ils accueillent également des personnes qui ne peuvent s’engager qu’avec un nombre limité d’heures hebdomadaires dans le cadre des mesures TUC, comme des femmes qui rencontrent des difficultés à trouver des solutions de garde pour leurs enfants… Manger mieux tout en aidant son prochain, cela peut sembler cheesy, mais c’est tout à fait possible !
Manger local au restaurant avec l’Horesca et la Chambre d’Agriculture
Manger mieux chez soi, c’est bien ; mais manger bien dehors, c’est encore mieux ! Il serait évidemment trop pléthorique et pas assez exhaustif de lister ici tous les restaurants du pays qui font la part belle sur leurs menus aux produits locaux et bios. Sur la scène du fine dining, les chefs étoilés et toqués sont de plus en plus fiers de présenter le caractère plus local des produits qu’ils sourcent pour leurs créations gastronomiques, invitant même noir sur blanc les productrices, producteurs et autres fermes d’origines sur les cartes présentées à leur exigeante clientèle.
Mais sur des tables plus « simples » aussi, les circuits courts sont mis en valeur. Assez ? Peut-être pas encore pour la fédération nationale du secteur, l’Horesca, qui est montée au créneau fin avril aux côtés de la Chambre d’Agriculture avec la signature d’un nouveau protocole d’accord ambitieux visant à promouvoir l’utilisation des produits locaux dans les lieux de restauration du Grand-Duché de Luxembourg.
Manger mieux chez soi, c’est bien ; mais manger bien dehors, c’est encore mieux !
Le Président de l’Horesca, M. Rix, a déclaré à cette occasion : « La signature de ce protocole d’accord marque une étape essentielle dans la valorisation de notre patrimoine gastronomique et agricole. En tant que restaurateurs, nous avons un rôle clé à jouer pour soutenir l’économie locale et mettre en lumière les produits exceptionnels de notre terroir. Ce partenariat avec la Chambre d’Agriculture nous permet de renforcer cette démarche et d’offrir à nos clients une expérience culinaire authentique, durable et résolument luxembourgeoise. » ; un engagement appuyé par le président de la Chambre d’Agriculture, Christian Hahn, qui a ajouté que « cette initiative est une belle opportunité pour les producteurs agricoles luxembourgeois de voir leur savoir-faire reconnu au sein des restaurants du Grand-Duché. »
Ce protocole d’accord prévoit en outre la mise en place de plusieurs actions concrètes pour favoriser l’utilisation des produits locaux dans la restauration via un accroissement de la notoriété de la campagne « Sou schmaacht Lëtzebuerg » auprès des chefs et cheffes de cuisine, mais aussi grâce à l’organisation de formations et d’événements de dégustation…
Trinquer local
Parce que manger bio et local à Luxembourg est déjà une aventure quotidienne en soi, il serait dommage de s’arrêter en si bon chemin et ne pas appliquer cela à la manière donc allons trinquer en bel été (croisons les doigts) luxembourgeois ! Pour un bon verre de vin par exemple, choisir local, c’est facile : il suffit d’organiser une petite virée le long de la Moselle et de la Sûre luxembourgeoise, où de nombreux domaines viticoles se sont mis au bio ces dernières années. Parmi les précurseurs du genre, on peut citer les maisons viticoles Krier-Welbes à Ellange Gare, Schmit Fohl à Ahn ou encore Sunnen-Hoffmann à Remerschen….
Mais les jeunes domaines s’y mettent aussi, à l’instar de Jeff Konsbrück avec son Kabi Bio, ou encore des domaines Roeder et Fru, du côté de Rosport…
Sans oublier un large choix de gins luxembourgeois, d’eaux-de-vie locales, de bières de microbrasserie ou issues des fermentations bio toujours justes de Brasserie Simon, mais aussi de jus et de thés 100 % « made in Luxembourg », dont il est facile de retrouver les références sur des plateformes en ligne comme letzshop.lu – dont le crédo est « Lokal ass eis net egal », soit « Le local ne nous est pas égal », pas mieux !
Article initialement publié dans le Femmes Magazine numéro 268 de juillet-août 2025.


