En 2020, la presse internationale avait les yeux tournés vers notre petit pays, devenu le premier au monde à rendre les transports en commun gratuits sur l’ensemble de son territoire. Une avancée largement saluée, perçue comme un signal fort en faveur de la mobilité douce. Pourtant, le Luxembourg semble avancer à deux vitesses sur le sujet. Si le pays dispose aujourd’hui d’un réseau de transports publics moderne et en constante expansion, les infrastructures cyclables, elles, peinent encore à relier efficacement les villes du pays et les quartiers de la capitale. Dans les prochaines années, le Grand-Duché devra aussi composer avec une hausse du nombre de résidents et de navetteurs, dans un contexte marqué par une forte dépendance à la voiture.

Rédaction : Margot Houget

Quasiment tous les jours, Gabriel Boisante, restaurateur et entrepreneur, enfourche son vélo pour effectuer son trajet domicile-travail dans la ville de Luxembourg. Et ce jour-là ne fait pas exception à la règle. Lorsque nous l’interviewons en fin d’après-midi, il s’apprête à monter sur sa bicyclette. « 80 % du temps, je me déplace à vélo. Pourquoi 80 % ? Parce que j’ai également des activités professionnelles qui sont en dehors de la ville. Et pour des raisons de praticité, j’y vais en voiture », tient à préciser cet amateur de vélo, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau. Sur les réseaux sociaux, il partage d’ailleurs régulièrement ses trajets et les beaux panoramas qu’il croise en chemin.

Allô, allô ? Plus de réseau…

Circuler à vélo à Luxembourg-ville n’est manifestement pas toujours un long fleuve tranquille, malgré les superbes paysages qui s’y dévoilent. Dans le Copenhagenize Index 2025*, notre capitale figurait en bas du classement des villes les plus cyclables au monde, à la 77e place, juste derrière Santiago au Chili. Si ces données doivent être nuancées, puisqu’elles se concentrent uniquement sur un panel de 100 villes, une variable se révèle toutefois intéressante à observer. Le score combinant, entre autres, la part modale du vélo et sa croissance est particulièrement bas. En d’autres mots, cela signifie que les habitants ont encore peu recours au vélo dans leurs trajets quotidiens.

Si aucune raison n’est directement mentionnée dans le classement, la discontinuité des aménagements cyclables dans la capitale pourrait en partie expliquer cette réticence à circuler à vélo. « Pour le moment, c’est un réseau qui n’est pas cohérent. Il y a une bonne liaison du Kirchberg, via le Pont Rouge, vers la gare. Là, on peut bien circuler. Mais si on veut aller dans le quartier du centre, ou sortir de la ville vers Mamer ou Hesperange, on constate beaucoup de problèmes pour être en sécurité pendant les trajets (…). Il manque des liaisons entre les quartiers », soulève Monique Goldschmit, présidente de l’association ProVelo.

« Dans les rues de quartier, la limitation est à 30 km/h, mais elle n’est absolument pas respectée. »

Le cycliste Gabriel Boisante dresse un constat similaire. Malgré quelques progrès réalisés sur les grands axes au niveau des pistes cyclables, les infrastructures restent largement insuffisantes dans la capitale, et ne sont pas assez sécurisées selon lui. « Je trouve, par exemple, que le tronçon allant de Hamm jusqu’à Belair est assez problématique, surtout en passant par Bonnevoie, où j’habite. On est obligé de traverser la rocade, ce qui est extrêmement complexe. Dans les rues de quartier, la limitation est à 30 km/h, mais elle n’est absolument pas respectée. Les automobilistes dépassent les vélos de très près. Cela représente des dangers à la fois pour les piétons qui pourraient traverser, mais également pour les usagers à vélo. » D’autres cyclistes pointent également l’insuffisance de signalisation sur certaines artères, source de confusion lors des déplacements.

En selle vers une capitale plus cyclable

Ce mercredi 25 février 2026, la politique de mobilité figurait à l’ordre du jour du City Breakfast. Des aménagements concrets y étaient présentés par l’échevin de la Ville de Luxembourg en charge de la mobilité, Patrick Goldschmidt. Comme l’État, la capitale s’est fixée des objectifs ambitieux à atteindre d’ici 2035 dans son plan de mobilité. Cela inclut le développement du réseau cyclable, le renforcement des transports en commun ou encore la réduction du trafic individuel motorisé. Ces mesures visent notamment à anticiper la hausse du nombre de résidents, estimée à +46 % d’ici 2035, ainsi que l’augmentation des emplois.

Bien que plusieurs initiatives aient déjà été lancées ces dernières années pour encourager la mobilité douce et améliorer la qualité de vie, telles que l’extension du système de vélos en libre-service vel’OH! ou encore l’apaisement du trafic dans certains quartiers, la Ville admet que des améliorations restent nécessaires, en particulier sur le réseau cyclable et ses liaisons entre les quartiers. L’objectif est de tendre vers des voies plus « sûres » et « directes » pour les usagers à vélo et les piétons.

Des chantiers prioritaires inscrits dans l’agenda

Parmi les aménagements concrets qui figurent à l’agenda pour 2026 et 2027, la Ville a annoncé vouloir, entre autres, construire une piste cyclable bidirectionnelle sur l’ensemble du boulevard Roosevelt, ainsi qu’une piste cyclable séparée sur l’avenue Jean-Pierre Pescatore. Les plans ont été envoyés à l’association ProVelo, qui a pu les consulter une semaine en amont. L’association attire néanmoins l’attention sur la taille des voies, qui pourraient poser des contraintes pratiques.

« Sur le boulevard Roosevelt, la piste cyclable bidirectionnelle ne fait que 2,50 mètres. C’est une planification qui aurait été faite il y a 20 ans. Aujourd’hui, les Hollandais prévoient au minimum 4 mètres pour une piste bidirectionnelle. Si l’on veut accueillir des personnes à mobilité réduite, des cargo bikes avec des enfants ou encore des livreurs avec des petits quadricycles, 2,50 mètres ne suffisent pas », estime Monique Goldschmit, de l’association ProVelo. De son côté, la Ville envisage également de surélever certaines pistes cyclables afin d’améliorer la sécurité des usagers. Elle ambitionne que 51 % des trajets soient effectués à vélo, à pied ou en bus d’ici 2035. « On est actuellement autour de 40 %, voire en dessous. On doit donc améliorer les infrastructures aussi pour ces usagers », reconnaît l’échevin de la Mobilité, Patrick Goldschmidt.


La suite du focus est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition d’avril 2026.

Photo de couverture : Shutterstock

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