Derrière son visage juvénile, Lola Valerius avance avec une détermination rare et une vision déjà très affirmée, portée par une exigence qui ne laisse aucune place au compromis.

Rédaction : Céliane Orvaux

Votre nom est associé à un chocolat contemporain et élégant. À quel moment l’idée de créer votre propre maison s’est-elle imposée ?

Je crois qu’elle a toujours été là, même sans en avoir pleinement conscience. Je viens d’une famille d’entrepreneurs : mon père tient une galerie d’art et mes grands-parents avaient un magasin de rideaux. J’ai grandi dans un univers où créer son activité semblait naturel. À l’origine, j’ai pourtant suivi des études d’architecture. J’ai terminé mon bachelor, mais je savais déjà que je ne ferais pas ce métier toute ma vie. L’envie d’entreprendre était trop forte. Quand j’ai découvert la pâtisserie, puis le chocolat, tout s’est aligné : j’allais ouvrir ma propre boutique.

Avant de vous lancer, quelles ont été les premières étapes pour définir votre modèle et vous positionner sur le marché luxembourgeois ?

Tout s’est fait progressivement. Pendant mes études, je faisais beaucoup de pâtisserie à la maison et je partageais mes créations sur les réseaux sociaux. Mes amis relayaient, et les premières personnes ont ainsi découvert mon travail. En passant au chocolat, j’ai retrouvé le même élan : créer, montrer, partager. Pendant le Covid, j’ai installé une petite cuisine chez moi et j’ai commencé à offrir mes chocolats. Cela m’occupait, me permettait de pratiquer, de faire découvrir mes créations et de tester mes produits en conditions réelles. C’est là que j’ai compris que quelque chose était en train de naître.

Comment vos parents ont-ils réagi à votre changement de voie ?

Très bien. Leur soutien a été précieux. Chez moi, on m’a toujours dit : « Tant que tu fais quelque chose sérieusement, c’est bien. » Ils n’ont jamais essayé de m’imposer un chemin. Leur confiance m’a donné une grande liberté.

En tant que jeune femme entrepreneure, quels défis avez-vous rencontrés ?

Il existe un mot anglais parfaitement trouvé : mansplaining. J’étais jeune, j’en avais l’air encore plus, et certains se permettaient de m’expliquer comment faire, soi-disant par bienveillance. C’était fatigant. J’ai aussi lancé l’entreprise en juin 2020, en plein Covid, et ouvert la boutique en mars 2021 alors que cafés et restaurants étaient encore fermés. Rien n’était simple, mais on avançait jour après jour.

Votre succès a été rapide. Comment l’avez-vous géré ?

En cherchant constamment des solutions. Nous étions deux en production au début, nous sommes quatre aujourd’hui. Le défi est de suivre la demande sans perdre notre identité. Nous sommes artisans : nos capacités sont limitées. Lors des grandes fêtes, il arrive que nous soyons sold out. C’est normal, c’est une production artisanale. Je préfère manquer de stock que produire comme une usine. On doit choisir : la qualité ou la quantité. Le recrutement est compliqué au Luxembourg, surtout dans l’artisanat.

Comment procédez-vous ?

Le métier de chocolatier n’existe pas en formation au Luxembourg. Je recrute donc des pâtissiers et je les forme en interne. Cela demande du temps et de l’énergie, mais c’est enrichissant et cela crée une vraie cohésion.

Vous avez travaillé en pâtisserie, en France comme à Taïwan. Pourquoi ne pas en proposer dans votre boutique ?

Parce que mon choix, c’est le chocolat. Le Luxembourg a d’excellentes pâtisseries, mais peu de chocolatiers artisanaux. Je voulais combler ce manque et ne pas me disperser. Ce ne sont pas les mêmes métiers. Et puis, le chocolat offre plus de flexibilité, moins de pertes, une conservation plus longue. En pâtisserie, jeter fait partie du quotidien, et cela ne me convenait pas.

Comment conciliez-vous esthétique, créativité et contraintes commerciales ?

C’est un équilibre. Le goût reste prioritaire, l’esthétique vient ensuite, même si je suis heureuse que nos chocolats soient reconnaissables. Nous proposons une collection de douze chocolats, renouvelée deux fois par an, plus une surprise du mois. Quatre recettes n’ont jamais changé. Au début, je ne vendais que des assortiments pour encourager les clients à tout goûter. Beaucoup ont découvert des saveurs qu’ils n’auraient jamais choisies.

Quelles sont, selon vous, les qualités indispensables pour entreprendre dans l’artisanat ?

La passion. Sans passion, on ne tient pas dans un métier où l’on ne compte pas ses heures. Il faut de la patience, de l’amour du travail bien fait, une grande capacité d’adaptation. Chaque jour apporte son lot de surprises. Il faut être débrouillard et combatif. Rien n’est jamais acquis.

Quels sont vos projets à moyen terme ?

La priorité reste la qualité. Ouvrir une deuxième boutique impliquerait d’agrandir la production, ce qui représente de gros investissements et un autre rythme. Et je dois me poser la bonne question : pourquoi grandir ? Je travaille pour vivre, pas pour devenir riche. J’ai une petite fille de 15 mois et je veux préserver mon équilibre. Aujourd’hui, notre fonctionnement nous convient, et j’en suis heureuse.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui rêve de se lancer ?

De foncer. Ne pas trop réfléchir. Essayer. Si ça ne marche pas, ce n’est pas grave. Mais pouvoir dire : « J’ai créé ça, de mes mains, avec mes idées », c’est une fierté incomparable.

Interview initialement publiée dans le Femmes Magazine du mois de décembre 2025 n°272.

À lire aussi :