Ancienne athlète de haut niveau et anglaise de naissance, Lauren Crisp a grandi au Luxembourg. Dès son plus jeune âge, les courts de squash deviennent son terrain de jeu et elle intègre l’équipe nationale luxembourgeoise durant plusieurs années. Aujourd’hui, elle occupe le poste de responsable safeguarding à l’ALIS, avec une mission qui lui tient à cœur : garantir un environnement sûr et bienveillant pour les athlètes. Lorsque nous lui proposons cette interview, Lauren nous répond avec beaucoup de modestie qu’elle n’est probablement « pas assez intéressante ». Une remarque qui nous fait sourire, car après quelques échanges, nous savons déjà que c’est tout l’inverse.
Propos recueillis par Margot Houget
On va parler un peu de vous, Lauren. Où êtes-vous née ?
Lauren Crisp : Je ne suis pas assez intéressante pour une interview dans Femmes Magazine (rires). Je suis née près de Londres, à Bromley, mais j’habite au Luxembourg depuis très longtemps. J’ai la nationalité luxembourgeoise, mais à l’origine, je suis britannique.
Quand êtes-vous arrivée au Luxembourg ?
J’avais trois mois lorsque je suis arrivée au Luxembourg, donc j’étais toute petite. J’ai suivi toute ma scolarité à l’École euro-péenne, de la maternelle jusqu’au secondaire, avant d’obtenir mon baccalauréat. Je suis ensuite repartie en Angleterre, car à l’époque, il n’y avait pas encore d’université au Luxembourg. J’y ai étudié les sciences du sport et du management à la Loughborough University. J’ai également effectué une année de césure à Dubaï. Je suis ensuite revenue au Luxembourg pour suivre un master en entrepreneuriat et innovation. Entre-temps, l’Université du Luxembourg avait ouvert ses portes.
Revenons un peu en arrière. Le sport a rapidement occupé une place importante dans votre vie ?
J’ai toujours été sportive. Je pense que cela a toujours été inscrit dans mes gènes. Je n’étais pas forcément quelqu’un qui était très à l’aise à l’école, donc le sport a pris une place incroyablement impor- tante dans ma vie. J’ai rejoint le club Top Squash, où toute la communauté anglophone se retrouvait. C’est comme ça que je suis tombée dedans, donc pas uniquement par passion au départ. J’ai aussi pratiqué le karaté, l’athlétisme, l’haltérophilie, le kickboxing, le basketball, le snowboard, le Hour of Power®…
Vous avez également intégré l’équipe nationale de squash luxembourgeoise
J’ai commencé le squash vers l’âge de 10 ans, puis j’ai été sélectionnée très jeune dans l’équipe nationale, vers 11-12 ans plus ou moins. Championne du Luxembourg plusieurs années consécutives, j’ai également remporté des tournois en Europe et à l’international.
Quelle était votre routine à cette période ?
J’étais membre d’un club. Je faisais du squash en moyenne trois fois par semaine. À cela s’ajoutaient les déplacements à l’international, l’école et les autres sports que je pratiquais en parallèle. Certains professeurs disaient souvent à mes parents que je faisais trop de sport, que j’étais fatiguée pendant la journée et que je ne consacrais pas assez de temps à mes devoirs. Je les faisais après les entraînements, vers 22 h ou 23 h. Vite fait, avant de dormir, dans la voiture ou dans le bus.
« Certains professeurs disaient souvent à mes parents que je faisais trop de sport, que j’étais fatiguée pendant la journée et que je ne consacrais pas assez de temps à mes devoirs. »
À quel moment avez-vous commencé à ralentir votre pratique sportive ?
J’ai continué à pratiquer le squash à l’université. Puis, après, il y a eu le travail, la famille, l’âge… tout simplement. Aujourd’hui, j’ai 38 ans et j’ai l’impression de ne plus avoir beaucoup de temps entre le travail et les enfants. Mais tous les dimanches, j’essaie d’aller jouer au squash dans le club de Kockelscheuer. Je fais aussi de la course à pied sur mon temps de midi. Je force mes collègues à venir avec moi, ils me détestent pour ça (rires).
Après plusieurs expériences professionnelles dans le milieu du sport et du management, vous rejoignez l’ALIS (Agence Luxembourgeoise pour l’Intégrité dans le Sport), anciennement ALAD, en tant que Head of Safeguarding, en janvier 2025. Que signifie le safeguarding ?
Le terme « safeguarding » est peu connu au Luxembourg, en partie parce que le concept est récent dans notre contexte sportif, mais aussi parce qu’il n’existe pas de traduction directe satisfaisante en français. Pour en expliquer le sens, il est utile de partir de son contraire. Si « safe » signifie « en sécurité », son opposé est « en danger ». Si « to guard » signifie « protéger », son contraire est « abandonner, négliger » Le safeguarding, c’est donc simplement l’opposé de tout cela : s’assurer que personne n’est mis en danger et que personne n’est laissé sans protection.
En quoi consiste concrètement vos missions ?
Nos missions s’articulent autour de trois axes principaux. Le premier est la prévention et la sensibilisation. Nous intervenons auprès de l’INAPS, des fédérations et des clubs pour former, outiller et professionnaliser les structures sportives. Le second est la gestion des signalements. Nous les recevons et les analysons afin de déterminer s’ils relèvent du safeguarding, puis nous conduisons un processus structuré impliquant le signaleur, la personne mise en cause et, le cas échéant, des témoins. À l’issue du processus, nous formulons des conclusions et des recommandations destinées à l’entité sportive concernée et à son conseil d’administration.
« L’objectif n’est pas d’encourager le signalement de chaque tension interpersonnelle, mais de prévenir les abus avant qu’ils ne surviennent. »
Le troisième axe, et peut-être le plus fondamental à ce stade, est la visibilité et l’accessibilité. Il est essentiel que l’écosystème sportif luxembourgeois sache que l’ALIS existe et que toute personne confrontée à une situation problématique puisse la signaler via notre plateforme, en toute confidentialité ou de façon anonyme. L’objectif n’est pas d’encourager le signalement de chaque tension interpersonnelle, mais de prévenir les abus avant qu’ils ne surviennent. Car un abus psychologique est souvent une porte d’entrée vers d’autres formes d’abus, dont les conséquences sur la santé mentale et physique peuvent être graves et durables.
Souhaitez-vous ajouter quelque chose que nous n’avons pas abordé pendant cette interview ?
J’ai deux passions : le sport et les animaux. J’ai également créé une association au Luxembourg, DogAdopt, pour l’adoption des chiens. Je trouve qu’il existe un parallèle avec le safeguarding : dans les deux cas, il s’agit de protection. J’ai toujours été quelqu’un qui aime bien protéger les autres.
Infos
En avril 2026, l’Agence Luxembourgeoise Antidopage (ALAD) devient l’Agence Luxembourgeoise pour l’Intégrité dans le Sport (ALIS). Les champs d’action sont élargis et comprennent désormais la lutte antidopage, la protection contre les violences interpersonnelles des sportifs et de toutes les personnes impliquées dans le sport (safeguarding), ainsi que la lutte contre la manipulation des compétitions sportives.
Article initialement paru dans Femmes Magazine septembre 2026
Photo de couverture : ALIS




