À Deauville, derrière la façade claire de Maison Laurette, se cache un atelier où se cultive encore l’exigence du geste, la justesse des formes et la poésie des matières. À sa tête, Laure Fessard incarne une nouvelle génération de modistes : autodidacte, instinctive, guidée par l’allure plus que par l’apparat. Distinguée Artisan d’Art en 2023, elle façonne des coiffes qui sculptent la silhouette et révèlent une personnalité. Rencontre avec une créatrice qui fait rayonner l’élégance française, un chapeau à la fois.
Rédaction : Alina Golovkova
Vous êtes née en France, avez grandi entre plusieurs pays… Qui étiez-vous enfant ?
J’étais une enfant très calme, rêveuse, toujours en train de dessiner ou de fabriquer quelque chose. J’aimais observer le monde et les belles choses. La créativité a toujours fait partie de moi. J’ai ensuite passé mon adolescence en Allemagne avant de partir faire mes études en Angleterre, un parcours qui m’a donné très tôt une curiosité pour les cultures et les esthétiques différentes.
Votre parcours académique vous mène d’abord loin des métiers d’art.
Oui, j’ai étudié les sciences politiques et l’économie en Angleterre et en France. J’ai ensuite travaillé dans l’organisation de salons professionnels, notamment dans le domaine des relations internationales. Un univers très éloigné de la chapellerie.
Comment les chapeaux entrent-ils dans votre vie ?
J’ai toujours été manuelle et passionnée de mode. Dans ma famille, mon arrière-grand-mère était modiste à Bruxelles dans les années 1930. Il y a peut-être eu un héritage inconscient… Pendant le Covid, j’ai eu l’impulsion de me lancer. J’ai suivi des stages chez de grands chapeliers, puis j’ai travaillé, pratiqué, pratiqué encore. En 2023, j’ai obtenu le titre d’Artisan d’Art, ce qui a été une immense fierté pour une autodidacte comme-moi.
En 2023, j’ai obtenu le titre d’Artisan d’Art, une immense fierté pour une autodidacte comme moi.
Laure Fessard, Maison Laurette
Vous lancez Maison Laurette en 2018, et très vite, Deauville devient votre port d’attache. Pourquoi cette ville ?
Mes parents y ont acheté un vieux corps de ferme il y a trente ans ; j’y ai passé toutes mes vacances. Deauville a une place particulière dans l’histoire de la mode : c’est là que Coco Chanel a ouvert sa première boutique de chapeaux. Et il n’y avait pas de modiste quand je me suis installée. Entre les courses, la clientèle internationale, le dynamisme de la ville, c’était une évidence. J’ai ouvert une première boutique en 2019, puis déménagé dans mon espace actuel en 2022.
Au-delà de cette dimension mode, Deauville est aussi un lieu de vie qui me correspond, avec une qualité de vie incomparable.
Vous avez également présenté vos collections à Paris et au Luxembourg…
Oui, j’expose ponctuellement à Paris, notamment lors de salons ou à l’occasion de la Fashion Week. Cela me permet de rencontrer une clientèle très sensible au travail artisanal. Et lors d’un pop-up au Luxembourg, j’ai été frappée par la diversité des nationalités : une atmosphère très internationale, un peu comme Bruxelles. J’aime énormément ces environnements cosmopolites, qui montrent à quel point le chapeau séduit des femmes d’origines et de styles variés.
Comment se déroule une commande sur mesure ?
Le sur-mesure représente 80 % de mon activité. Il y a les chapeaux du quotidien et les chapeaux de cérémonie. Je pose beaucoup de questions : l’occasion, la tenue, la saison, la personnalité de la cliente… Le chapeau doit être une continuité d’elle-même. Je tiens aussi compte des règles d’usage : une invitée ne doit pas voler la vedette à la famille ou à la mariée. L’émotionnel compte autant que le technique.


Vous proposez également des collections prêt-à-porter.
Oui, deux grandes collections par an et de petites capsules en série limitée. Toujours en matières nobles, en fabrication artisanale. Elles sont disponibles en boutique et en ligne. Le prêt-à-porter se vend d’ailleurs beaucoup en digital, ce qui me permet de toucher des clientes du monde entier.


Quelles sont les tendances chapeaux pour l’hiver ?
Le tambourin, qui est un de mes iconiques : un petit calot que l’on place à l’avant ou à l’arrière de la tête, très élégant et facile à porter. Il structure le visage et apporte une touche couture. Côté couleurs, on reste dans les grands classiques : camel, noir, marine, des teintes intemporelles.


Faut-il assortir son chapeau à sa tenue ?
Je préfère casser les ensembles monochromes. Un contraste subtil donne beaucoup plus d’allure. Mais pour un chapeau d’hiver, je conseille une couleur polyvalente, adaptée aux manteaux que l’on porte régulièrement. Et bien sûr, on tient compte des cheveux et du teint.
Un souvenir marquant de votre carrière ?
Oui, une amie d’Isabelle Adjani lui a offert un de mes chapeaux, un fédora rose hortensia. Elle m’a appelée ensuite pour me remercier et me dire que la couleur était parfaite. C’était très touchant.
Pour les mariées, quelles sont les pièces les plus demandées ?
Mon best-seller absolu est le tambourin blanc, idéal pour les cérémonies civiles, où les tenues sont souvent plus sobres. Cela crée une vraie différence visuelle entre la mairie et la cérémonie religieuse. Même si c’est mieux de se rencontrer, je travaille aussi très bien à distance : les rendez-vous en visio suffisent souvent pour conseiller une forme adaptée.
Même si c’est mieux de se rencontrer, je travaille aussi très bien à distance.
Laure Fessard, Maison Laurette
Quelles sont les valeurs qui guident Maison Laurette ?
Le savoir-faire artisanal, l’élégance intemporelle et la féminité. Je veux créer des chapeaux qui traversent le temps, que l’on puisse transmettre. Pas des pièces trop chargées : une belle ligne, une belle forme, c’est cela qui compte.
Quel est votre rêve professionnel ?
Devenir la référence de la chapellerie en France. Et pourquoi pas, un jour, coiffer certaines grandes figures d’élégance… Catherine Deneuve ou la grande-duchesse Stéphanie de Luxembourg, par exemple.
Interview initialement publiée dans le Femmes Magazine n°273 de janvier 2026.



