Les prix des métaux flambent : serait-ce le signe d’un nouveau malaise de nos économies ? Ils donnent le baromètre d’une économie mondiale qui semble engagée à courte vue sur ce qui devrait relever du long terme.
Par Cadfael
L’Europe, l’enfant pauvre en matières premières ?
Le charbon et l’acier étaient les mères nourricières du Luxembourg jusqu’à une période récente. Ils ont mené à la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), qui aboutira à l’Union européenne via la CEE, la Communauté économique européenne des Six. C’est dans le contexte actuel que les faiblesses inquiétantes en ce qui concerne la gestion des matières premières se font douloureusement sentir. Selon un rapport de PwC de 2025, « la Chine possède de loin la plus forte concentration de ressources minérales au monde. Elle assure plus de 50 % de la production de 18 minéraux et détient plus de 10 % des réserves de 35 autres minéraux. Les États-Unis arrivent en deuxième position, produisant plus de 50 % de sept minéraux et détenant plus de 10 % des réserves de 12 autres. Le traitement de nombreux minéraux est fortement concentré en Chine, même pour ceux dont elle n’est pas le principal producteur. Ces deux puissances contrôlent la concentration des réserves et de la production de sept matières premières minières essentielles : le cobalt, le cuivre, le lithium, le manganèse, le nickel, les métaux du groupe du platine et les terres rares. »
En mars 2024, le Conseil de l’Union européenne adopte enfin une réglementation sur les matières premières critiques, alors qu’une hausse exponentielle de la demande est prévisible. Bruxelles a mis au point une liste de 34 matières premières critiques, dont 17 classées stratégiques. L’OTAN en a fait de même. Ces listes de matières premières essentielles à la défense et à la résilience technologique peuvent s’interpréter comme un aveu de faiblesse, depuis que, le 31 mars 1991, le COCOM a officiellement arrêté ses activités. Cet organisme de la guerre froide, qui regroupait 17 pays occidentaux, contrôlait les exportations sensibles vers les pays du bloc communiste et avait le mérite d’imposer une nécessaire réflexion en la matière.
Retour aux fondamentaux
On retrouve sur ces listes des matières premières traditionnelles comme le fer, le charbon à coke, le manganèse et autres. Il est intéressant de constater qu’après des années de déboulonnage en règle de la sidérurgie européenne, l’industrie de l’armement en refait une nécessité de première ligne. Selon Euractiv, la Commission de Bruxelles se réveillerait. Mieux vaut très tard que jamais. Il y aurait eu 11 voyages de commissaires européens au Japon. « Il semblerait que Bruxelles cherche à apprendre de Tokyo comment réduire les risques liés à la Chine et comment contrer la mainmise de Pékin sur l’approvisionnement mondial en terres rares, stratégiquement cruciales. »
Avons-nous pris nos rêves pour des réalités ?
Le sulfureux milliardaire Robert Friedland, financier et acteur majeur de l’industrie minière, a été très clair au sommet des industries de l’énergie à la Business School de l’Université de Californie du Sud, en décembre 2025 :
« Le monde a une soif insatiable de métaux, alimentée par l’explosion des budgets militaires, les centres de données d’IA et la transition écologique de l’économie mondiale, mais il ne dispose d’aucun moyen crédible de s’approvisionner en métaux pour les décennies à venir. /…/ On ne peut pas construire de voitures électriques, d’éoliennes, de panneaux solaires et avoir une armée moderne sans certains métaux. C’est pourquoi les câbles électriques sous-marins sont si chers. C’est le même problème quand on installe une éolienne au large d’une île et qu’on veut produire de l’électricité de manière écologique : il faut du cuivre, du cuivre et encore du cuivre. Le marché du cuivre devrait atteindre 270 milliards de dollars par an dès demain matin. Mais d’où viendra ce métal ? Il n’y a plus aucun stock de cuivre. /…/ Nous consommons 30 millions de tonnes de cuivre par an, dont seulement 4 millions de tonnes sont recyclées. Pour maintenir une croissance mondiale du PIB de 3 %, au cours des 18 prochaines années, je dois extraire la même quantité de cuivre que celle extraite au cours des 10 000 dernières années… sans électrification, sans centres de données, sans énergie solaire et éolienne et sans transition écologique de l’économie mondiale. Vous n’avez absolument aucune idée de ce à quoi nous sommes confrontés. Vous rêvez. »
« Tout d’abord, les terres rares ne sont pas rares et ne sont pas des terres : ce sont des métaux relativement courants. Mais nous ne disposons pas des capacités de traitement nécessaires pour la plupart de ces métaux et nous sommes entièrement dépendants de la Chine pour leur approvisionnement. »
« Nous allons assister à une concurrence de plus en plus intense concernant ces problèmes d’approvisionnement. Actuellement, cette concurrence s’intensifie et il est probable qu’elle continue de s’intensifier. » Il doit le savoir puisqu’avec ses partenaires chinois, il exploite la plus grande mine et fonderie de cuivre au monde, en République démocratique du Congo.



