Douleurs abdominales, constipation, diarrhée, parfois même alternance des deux… Les femmes sont davantage touchées par le syndrome de l’intestin irritable (SII) et semblent également plus sensibles aux troubles intestinaux. Les hormones sexuelles pourraient être impliquées dans ces complications, mais elles ne sont pas les seules en cause. Dr Françoise Bourgeois, gastro-entérologue au sein des Hôpitaux Robert Schuman, nous apporte un éclairage sur les pathologies digestives les plus fréquentes et comment les événements de la vie d’une femme peuvent avoir des répercussions sur le tube digestif.
Propos recueillis par : Margot Houget
Quelles sont les pathologies digestives touchant le plus les femmes ces dernières années ?
Dr Françoise Bourgeois : Les pathologies digestives sont extrêmement variées. On peut citer :
+ Le reflux gastro-œsophagien (remontée d’une partie du contenu gastrique dans l’œsophage)
+ Les ulcères gastroduodénaux
+ Les pathologies hépatiques et pancréatiques
+ Les coliques
+ Les maladies inflammatoires de l’intestin (Crohn, rectocolite ulcéro-hémorragique)
+ Les pathologies fonctionnelles
+ Les cancers
Au début de ma carrière dans les années 90, on s’intéressait surtout aux pathologies ulcéreuses. Aujourd’hui, la recherche se poursuit avec succès pour prendre en charge les maladies inflammatoires, dont la fréquence a drastiquement augmenté au cours des dernières décennies, ainsi que pour les maladies cancéreuses concernant le côlon, l’estomac et le pancréas (en augmentation chez les femmes).
Quelles sont les principales différences entre le tube digestif des femmes et celui des hommes ?
A priori, il n’y a aucune différence. Que l’on soit un homme ou une femme, nous avons tous un œsophage, un estomac, un foie, un pancréas, un intestin grêle et un côlon. Mais il est certain que les hormones sexuelles, l’anatomie du pelvis et les événements de la vie d’une femme (grossesse, ménopause, chirurgie pelvienne) vont avoir une influence sur le fonctionnement du tube digestif et peuvent entraîner des complications ou des pathologies.
Les événements de la vie d’une femme ont-ils des répercussions sur le tube digestif ?
Lors de la grossesse, le bouleversement hormonal va expliquer les nausées et les vomissements du premier trimestre. La compression abdominale par le bébé et le taux de progestérone entraîneront des problèmes de constipation.
À la ménopause, lors de la baisse des œstrogènes et de la progestérone, on observera un ralentissement du transit, une diminution de la flore intestinale, une augmentation de la perméabilité intestinale (la capacité de la paroi intestinale à laisser passer des nutriments tout en bloquant les substances nocives) et un risque accru de prolifération bactérienne au niveau de l’intestin grêle.
Que se passe-t-il au niveau du tube digestif lors d’un cycle menstruel ?
Les hormones sexuelles agissent sur la motilité intestinale (mouvements coordonnés des muscles présents dans les parois de l’intestin), la perméabilité intestinale, la sensibilité viscérale, le microbiote et la production de suc gastrique.
En début de cycle, l’imprégnation œstrogénique (la concentration et l’action des œstrogènes sur les tissus) accélérera le transit, occasionnera des diarrhées et augmentera la production d’histamine tout en rendant les récepteurs plus sensibles à celle-ci.
La progestérone aura un effet myorelaxant et favorisera donc la constipation en deuxième partie de cycle. Lors des règles, les prostaglandines qui vont aider l’utérus à se contracter vont également enclencher des contractions abdominales douloureuses.
Qu’est-ce que le syndrome de l’intestin irritable (SII) et quels en sont les principaux symptômes ?
Le syndrome du côlon irritable est une pathologie extrêmement fréquente touchant environ 3 à 5 % de la population française et affectant deux à trois fois plus les femmes que les hommes. On le définit comme un syndrome observé pendant minimum six mois, associant douleurs abdominales et troubles du transit (constipation ou diarrhée ou alternance des deux).
« Le syndrome du côlon irritable est une pathologie extrêmement fréquente, affectant deux à trois fois plus les femmes que les hommes. »
Sur quels facteurs favorisant le syndrome de l’intestin irritable (SII) la patiente peut-elle agir ?
Le stress est associé à la libération de certaines hormones susceptibles d’influencer le transit intestinal (adrénaline) ou la perméabilité du tube digestif (cortisol) et les activations cérébrales.
Vaste sujet, l’alimentation est aussi un facteur sur lequel agir. Une alimentation ultratransformée (plats à réchauffer, sodas, soupes industrielles, snacks…) ainsi qu’un excès de lipides augmentent le risque du SII de 25 %. À l’inverse, une alimentation plus méditerranéenne, riche en fibres solubles (fruits frais, avoine, oléagineux), ou en psyllium est favorable. Il convient d’éviter les régimes à toutes les sauces (sans gluten, sans lactose, hyperpro- téiné…), proposés par des influenceurs ou autres célébrités. S’ils n’ont pas de raison médicale, ils peuvent mener à l’orthorexie et à des carences.
Quels traitements sont disponibles pour traiter le syndrome du côlon irritable ?
En premier lieu, il faut admettre que le traitement ne sera pas définitif, visera le soulagement du patient et se fera à tâtons en essayant d’agir sur les différentes pistes causales. Outre les me- sures d’hygiène alimentaire (mastiquer, manger à heure régulière, maximum trois tasses de café, bonne hydratation) et un régime adapté avec l’aide d’une diététicienne assermentée si nécessaire, on peut prescrire selon les cas :
+ Des spasmolytiques lors d’une crise douloureuse
+ De la menthe poivrée
+ Des laxatifs ou procinétiques en cas de constipation
+ Des antidiarrhéiques
+ Des antidépresseurs à petite dose, qui agiront sur le système nerveux entérique
+ Un antiépileptique utilisé dans les douleurs neuropathiques
+ L’ébastine, un antihistaminique
+ Les antibiotiques (avec une efficacité limitée dans le temps) en cas de SIBO (prolifération excessive de bactéries dans l’intestin grêle)
+ Les probiotiques ont aussi bonne presse et ils sont en vente libre. Leur efficacité est variable selon leur dosage, leurs souches, leurs types de bactéries, leur mode d’administration. Peu de ces produits ont été étudiés avec la même rigueur exigée que pour les médicaments et n’ont qu’un effet transitoire.
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Article initialement paru dans l’édition juin 2026 de Femmes Magazine



