Longtemps perçues comme une problématique masculine, les maladies cardiovasculaires figurent pourtant, avec les cancers, parmi les principales causes de mortalité chez les femmes au Luxembourg. Accidents vasculaires cérébraux, infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque : le cœur féminin est exposé à des risques spécifiques, encore insuffisamment identifiés. Symptômes atypiques, facteurs hormonaux, retards de diagnostic… Autant de réalités qui appellent une meilleure information et une prévention ciblée. La Dr Sandy Carolino D’Araujo, docteure en cardiologie au CHL, éclaire les particularités de la santé cardiovasculaire des femmes et livre des clés concrètes pour mieux protéger son cœur à chaque étape de la vie.
Rédaction : Alina Golovkova
Pourquoi les maladies cardiovasculaires constituent-elles un enjeu majeur de santé publique pour les femmes ?
Parce qu’elles représentent une cause majeure de mortalité, y compris chez les femmes. Au Luxembourg, les maladies cardiovasculaires comptent parmi les causes de décès les plus fréquentes, au même niveau que les cancers. Certaines années, les décès féminins liés aux maladies cardiovasculaires ont même dépassé ceux dus aux tumeurs. Cette réalité reste pourtant insuffisamment connue du grand public.
Pourquoi la santé cardiovasculaire des femmes reste-t-elle encore insuffisamment prise en compte ?
Le manque d’information concerne à la fois le grand public et, plus largement, la formation médicale. Les femmes ont longtemps été sous-représentées dans les études cliniques, ce qui limite encore aujourd’hui les données spécifiques les concernant. Or, pour un même niveau de facteurs de risque cardiovasculaires dits conventionnels, les femmes présentent un risque d’événement cardiovasculaire plus élevé, traduisant une vulnérabilité accrue.
Quels sont les principaux facteurs de risque cardiovasculaires chez les femmes ?
Les facteurs de risque classiques sont bien identifiés: hypertension artérielle, diabète, hypercholestérolémie, tabagisme, obésité, sédentarité, stress et antécédents familiaux. À ceux-ci s’ajoutent des facteurs de risque spécifiques aux femmes, encore trop souvent sous-estimés : un âge des premières règles très précoce, le syndrome des ovaires polykystiques, l’endométriose, la contraception œstro-progestative, ainsi que certaines complications de la grossesse comme l’hypertension gravidique, la prééclampsie ou le diabète gestationnel. La ménopause, et plus
encore la ménopause précoce, constitue également une période de vulnérabilité, liée à la diminution de la protection vasculaire assurée par les œstrogènes et à un risque accru d’athérosclérose (NDLR : maladie des artères liée à l’accumulation de graisses sur leurs parois, augmentant le risque d’infarctus et d’AVC).
Les maladies cardiovasculaires se manifestent-elles différemment chez les femmes ?
Oui, fréquemment. Les symptômes peuvent être plus atypiques et diffus. Outre la douleur thoracique classique irradiant vers le bras gauche ou la mâchoire, des signes tels qu’un essoufflement inexpliqué ou qui s’aggrave, une fatigue brutale, des palpitations, une anxiété soudaine, des sueurs froides ou des douleurs digestives peuvent constituer de véritables signaux d’alerte. Ces manifestations ne doivent jamais être minimisées.
Pourquoi les femmes consultent-elles souvent plus tardivement ?
Les femmes ont tendance à sous-estimer leurs symptômes et à les attribuer au stress ou à la fatigue. La perception de la douleur diffère également entre les sexes. Résultat : le délai entre l’apparition des symptômes et la consultation médicale est souvent plus long que chez les hommes, ce qui contribue à un retard de diagnostic et à une mortalité intrahospitalière encore plus élevée en cas d’infarctus.
La suite de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition de mars 2026.
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