Passionnée de technologie et de mode, la Belge Heidi Van Dyck, 32 ans, aime les marques qui ont une histoire. Diplômée de la Solvay Brussels School, elle a travaillé pour McKinsey avant de lancer sa start-up fashion tech, athena studio, installée au Luxembourg-City Incubator. Grande voyageuse, la jeune entrepreneure a parcouru le monde, l’Asie surtout, avec Arno, son mari. Son coup de cœur : New York où elle trouve une énergie qui lui correspond. Sociale, extravertie et « hyper structurée », elle a toujours été positive. « Tout ce qui est lié aux relations humaines me donne de l’énergie », dit celle qui rêve de fonder une jolie famille.
Rédaction : Karine Sitarz / Photos : Christian Wilmes
Heidi, d’où venez-vous et où avez-vous grandi ?
Je viens d’Anvers, ville néerlandophone, capitale belge de la mode. J’y ai grandi avec un frère plus jeune de dix ans dont je suis très proche. Dans ma jeunesse, j’ai fait du jazz dance et vers 15 ans, je me suis passionnée pour la technologie.
Qu’est-ce qui vous a poussée vers la Solvay Brussels School ?
L’idée de travailler dans une start-up. J’ai donc choisi en 2011 des études d’ingénieur de gestion. À l’époque, je commençais à programmer et ai ciblé des start-up technologiques pour mes stages d’études.
Et comme j’adorais voyager, j’ai opté pour des programmes d’échanges à l’étranger. Étudiante, j’ai ainsi habité en Belgique, en Suisse, en Angleterre et en Norvège.
Quel a été ensuite votre parcours ?
Après mes études, en 2016, j’ai fait un an dans une start-up au Myanmar. Bras droit du Country Manager de la première plateforme d’emplois en ligne, j’étais responsable de la mise en place de processus, mais mes collaborateurs locaux n’ont pas suivi. J’ai vécu un choc culturel. Pour autant cette expérience a été une vraie leçon de vie.
Puis vous êtes revenue à Bruxelles…
Oui, fin 2017 chez McKinsey où je suis restée six ans. J’y ai travaillé sur moult projets, vécu trois mois au Japon, six à Moscou, trois à Lisbonne, mais aussi à Londres. J’étais tout le temps en route et pour chaque projet, je bossais avec de nouvelles équipes. J’ai adoré ce job.
Et votre passion pour la mode dans tout cela ?
Elle a commencé quand j’étais stagiaire chez Veepee (NDLR : ex vente-privee.com). Au Myanmar, par plaisir, j’achetais des tissus, dessinais des vêtements et allais chez le couturier. Quand j’ai démarré chez McKinsey, j’ai demandé à m’occuper de mode, mais en Belgique il n’y a pas de grandes marques comme à Londres ou Paris et il m’a donc fallu un an avant de décrocher un projet, en Russie. Après, tout s’est enchaîné et j’ai eu la chance de travailler avec les équipes des nouvelles collections et appris comment les marques développent leurs produits.
“Au Myanmar, par plaisir, j’achetais des tissus, dessinais des vêtements et allais chez le couturier.”
Heidi Van Dyck, cofondatrice d’athena studio
Pourquoi avoir posé vos valises au Luxembourg ?
Pendant le Covid, j’y ai rejoint mon copain qui était là depuis 2017 puis, j’ai décidé de m’y installer et de passer de McKinsey Bruxelles à McKinsey Luxembourg.
En 2023, alors que j’étais sur le point de devenir Partner, j’ai tout lâché pour créer athena studio…
Comment est née votre start-up ?
Je voulais faire quelque chose dans la mode avec la technologie et dans un souci de longévité. La première étape a été de développer des solutions pour aider les équipes créatives à comprendre l’impact de leurs choix et à prendre des décisions dans une démarche de durabilité. Plus tard, j’ai compris qu’il y avait aussi la question de la rentabilité et qu’il fallait donc trouver un équilibre. Au final, tous les problèmes sont liés aux processus, donc fin 2024, nous avons utilisé l’intelligence artificielle pour les optimiser. Ainsi est née une collègue virtuelle, Athena. Le choix s’est révélé bon, plusieurs grandes marques mondiales nous ont rejoints.
“Au final, tous les problèmes sont liés aux processus, donc fin 2024, nous avons utilisé l’intelligence artificielle pour les optimiser. Ainsi est née une collègue virtuelle, Athena. Le choix s’est révélé bon, plusieurs grandes marques mondiales nous ont rejoints.”
Heidi Van Dyck, cofondatrice d’athena studio
Depuis cette année, athena studio a un CTO, le Belge Arnaud Hillen, cofondateur de la start-up, venu de Google Zurich. Le studio a aussi recruté un ingénieur senior et va en embaucher un deuxième. Il y a pour nous deux grands enjeux : changer les manières de travailler dans la mode toujours très old fashion et y faire adopter l’IA car si elle passionne, tout le monde en a peur.
Vous étiez il y a deux mois à Times Square à New York. Racontez-nous.
Une belle consécration après celle du programme Fit 4 Start au Luxembourg en 2024. Athena studio a fait partie des six start-up choisies par des grandes marques américaines pour le programme New York Fashion Tech Lab 2025 (NDLR : pour des start-up émergentes et pilotées par des femmes), qui se déploie sur trois mois et est à 100 % focalisé sur les relations.
Début octobre, vous serez à San Francisco…
Oui, d’abord fin septembre à Los Angeles pour une conférence dédiée aux marques, puis la semaine suivante à San Francisco pour la Tech Week, mais aussi pour d’autres grands rendez-vous. Les États-Unis sont un marché important pour nous, tout va plus vite qu’en Europe et les budgets sont conséquents. Notre but est d’avoir plus de clients, mais aussi d’agrandir l’équipe, c’est nécessaire et c’est le bon moment. La levée de fonds, elle, viendra plus tard.
Que pensez-vous de la scène luxembourgeoise de la mode ?
Je la trouve incroyable pour un petit pays. On a des entrepreneures extraordinaires, des influenceuses, des marques de vêtements comme Devï, des marques de bijoux comme Romantico Romantico, des marques d’accessoires comme Kroon 02, dont les créatrices viennent de travailler avec Uniqlo.

Quelles sont celles qui vous inspirent ? Quel est votre style ?
J’aime porter des ensembles de la marque belge Façon Jacmin. Ses fondatrices, que je connais, ont une vision forte, j’aime les marques avec une histoire. Pour moi, le tissu est la chose la plus importante. Je n’achète jamais de synthétiques sauf pour faire du sport, je cherche de belles matières naturelles et fais attention où j’achète. J’ai aussi pas mal de vêtements de seconde main.
Comment voyez-vous l’avenir de la mode ?
Hier on parlait durabilité, aujourd’hui intelligence artificielle, mais le grand challenge est de faire face aux marques chinoises comme Shein ou Temu qui ont changé la manière de faire du shopping. Ce n’est pas très positif. Nous, on essaye de faire quelque chose d’européen, de mettre en place des régulations, un Digital Product Passport (NDLR : avec accès à des informations sur le vêtement via QR Code), même si cela n’intéresse pas encore le consommateur.
Y a-t-il une place pour un hobby dans votre vie ?
En ce moment, je suis focalisée sur le développement de la start-up, je passe presque tout mon temps au bureau. Courir est la seule chose que je fasse quand même régulièrement, cela m’aide, et parfois le week-end, j’aime aller à la Moselle à vélo.
Questions à la volée
- UN LIVRE DE CHEVET : How Luxury Lost Its Luster de Dana Thomas qui écrit sur la mode. Depuis ce livre, elle est blacklistée des fashion weeks.
- UNE STYLISTE DE CŒUR : Plutôt une influenceuse fixée à Londres, la Française Camille Charrière pour les marques et les stylistes qu’elle m’a fait découvrir.
- UN ACCESSOIRE INCONTOURNABLE : Un collier et une bague que ma mère a reçus pour son mariage et qu’elle m’a donnés quand je me suis mariée.
Cet interview a été publiée initialement dans le Femmes Magazine d’octobre 2025, numéro 270.




