De plus en plus de femmes choisissent de devenir mères à un âge plus avancé. Une tendance bien visible au Luxembourg, où près de 4 % des premières naissances ont lieu après 40 ans – l’un des taux les plus élevés d’Europe, derrière seulement l’Italie, l’Espagne et la Grèce. Cette évolution s’explique par un ensemble de facteurs sociétaux, comme l’allongement des études, l’engagement professionnel ou encore les parcours personnels plus variés. Mais elle soulève aussi des questions légitimes : fertilité, risques, suivi médical… Pour y répondre, nous avons rencontré deux expertes : le Dr Anne Guillaume, chef de service de l’obstétrique au CHL, et le Dr Caroline Schilling, chef de service du Centre de fertilité de la Maternité Grande-Duchesse Charlotte.

Rédaction : Alina Golovkova

Grossesse tardive : que signifie vraiment « tardive » ?

Médicalement, on parle de grossesse tardive à partir de 35 ans. En pratique, c’est surtout au-delà de 40 ans que les enjeux médicaux prennent de l’ampleur. « En 2023, l’âge moyen à la première grossesse dépassait déjà 32 ans au Luxembourg », note le Dr Anne Guillaume. Une évolution qui s’inscrit dans les choix de vie actuels : études longues, carrière, expatriation…

Fertilité et horloge biologique : ce que révèle la science

À la naissance, une femme possède déjà tous les ovocytes qu’elle utilisera dans sa vie. Contrairement aux hommes, qui renouvellent constamment leur production de spermatozoïdes, la réserve ovarienne féminine diminue naturellement avec l’âge : environ 1 million à la naissance, 400 000 à la puberté, et une perte mensuelle estimée à 1 000 follicules. Résultat : la fertilité chute de façon significative à partir de 35-37 ans, tant en quantité qu’en qualité. « Le facteur principal de fertilité chez la femme, c’est l’âge », souligne le Dr Schilling.

Quand consulter en cas de difficulté à concevoir ?

Les couples qui peinent à concevoir ignorent souvent quand il est recommandé de demander une aide médicale. « Jusqu’à 35 ans, on peut attendre un an avant de consulter. Au-delà de cet âge, il ne faut pas hésiter à consulter après six mois d’essai infructueux », conseille le Dr Schilling. Une consultation permet de réaliser un premier bilan (réserve ovarienne, spermogramme, bilans hormonaux…) et, si nécessaire, de proposer des options adaptées. « Il ne s’agit pas de médicaliser à tout prix, mais de poser un regard expert au bon moment. »

« Jusqu’à 35 ans, on peut attendre un an avant de consulter. Au-delà de cet âge, il ne faut pas hésiter à consulter après six mois d’essai infructueux »,

Dr Caroline Schilling

Le Dr Schilling observe : « Les couples vivent souvent ensemble depuis longtemps, ils pensent avoir du temps. Et puis, quand ils décident de faire un bébé, ils se rendent compte qu’ils n’ont plus de rapports aussi fréquents. Il faut parfois réapprendre à se retrouver, à créer de l’espace pour l’intimité. »

Des risques accrus, mais pas systématiques

Les données scientifiques sont claires : avec l’âge maternel, les risques obstétricaux augmentent. Diabète gestationnel (×3), troubles hypertensifs (×5), prééclampsie (forme grave d’hypertension gravidique, pouvant mettre en danger la vie de la mère et du bébé), anomalies chromosomiques, fausses couches, prématurité ou placenta prævia (placenta inséré anormalement bas dans l’utérus, risquant de provoquer des saignements en fin de grossesse) sont plus fréquents après 40 ans.

« Tous ces risques sont bien identifiés, mais cela ne veut pas dire qu’ils surviennent chez toutes les femmes de plus de 40 ans », rassure le Dr Guillaume. « Le suivi luxembourgeois est très encadré, avec des consultations régulières, trois échographies de grossesse, et des monitorings hebdomadaires à partir de 37 semaines. »

Assistance médicale à la procréation : quelles options ?

En cas de difficultés à concevoir, plusieurs options existent au Luxembourg : rapports programmés, insémination intra-utérine, FIV. Le don d’ovocytes, en revanche, se pratique uniquement à l’étranger. La prise en charge par la CNS s’étend de 18 à 43 ans. « Il faut bien évaluer la réserve ovarienne, car au-delà d’un certain seuil, même une stimulation ne peut plus rien », explique le Dr Schilling. Le recours à un don d’ovocytes devient alors l’option la plus efficace – mais cette procédure, réalisée à l’étranger, n’est pas remboursée par la CNS.

Et la congélation des ovocytes en prévention ?

De plus en plus de femmes s’interrogent sur la possibilité de préserver leur fertilité via la congélation d’ovocytes, avant même d’avoir un projet parental concret. Si cette pratique est autorisée dans de nombreux pays, elle reste limitée au Luxembourg. « Pour des raisons médicales urgentes comme un cancer, nous pouvons proposer une congélation d’ovocytes ou de tissu ovarien. Mais la congélation “sociale”, par choix personnel, n’est pas encore pratiquée ici », indique le Dr Schilling. Les femmes concernées sont alors orientées vers la Belgique ou l’Allemagne.

Hygiène de vie : un levier déterminant

Tabac, surpoids, sédentarité, perturbateurs endocriniens… autant de facteurs qui peuvent altérer la fertilité. « Un IMC (Indice de Masse Corporelle) trop bas est aussi problématique qu’un IMC élevé », précise le Dr Schilling. Un certain taux de masse grasse est nécessaire pour permettre l’ovulation. Pour optimiser ses chances, mieux vaut adopter une hygiène de vie équilibrée : alimentation variée, activité physique régulière, sommeil réparateur et consommation modérée d’alcool. « On ne demande pas de courir un semi-marathon, mais de bouger régulièrement », souligne le Dr Guillaume.

Une grossesse tardive n’est pas toujours plus compliquée

L’âge ne fait pas tout. « Nous voyons des femmes de 40 ans, en bonne santé, actives, non-fumeuses, qui vivent une grossesse sans encombre », observe le Dr Guillaume. À l’inverse, une femme plus jeune mais en mauvaise forme ou avec des antécédents médicaux peut rencontrer davantage de difficultés.

« Nous voyons des femmes de 40 ans, en bonne santé, actives, non-fumeuses, qui vivent une grossesse sans encombre »

Dr Anne Guillaume

La fatigue aussi dépend du contexte : elle est souvent plus marquée lors d’une deuxième ou troisième grossesse, quand la charge mentale et les responsabilités familiales laissent peu de temps pour se reposer.

Post-partum : rester attentive à sa santé

L’après-grossesse peut s’avérer plus exigeant après 40 ans, surtout sans aide extérieure. « Certaines pathologies, comme les cancers du sein, sont plus fréquentes à cet âge », rappelle le Dr Guillaume. Or, absorbées par leur bébé, les mères tardent parfois à consulter pour elles-mêmes. Il est essentiel de ne pas s’oublier.

Et les papas dans tout ça ?

Si l’on parle surtout de l’âge maternel, celui du père est souvent moins pris en compte – à tort. Un âge paternel avancé ou une mauvaise hygiène de vie, notamment le tabagisme, peuvent aussi avoir un impact sur la qualité des embryons. « La grossesse est une affaire de couple », souligne le Dr Guillaume.

Un âge paternel avancé ou une mauvaise hygiène de vie, notamment le tabagisme, peuvent aussi avoir un impact sur la qualité des embryons.

Plus largement, quel que soit l’âge, il est important que chaque femme – et chaque couple – dispose d’une information claire pour faire ses choix en toute sérénité.

Article initialement publié dans le Femmes Magazine numéro 269 de septembre 2025.

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