Née au Maroc, élevée en Corse et aujourd’hui installée au Luxembourg, Fatima Rougi a fait de la circulation entre les cultures, les récits et les mondes un fil conducteur. Issue du journalisme, communicante de métier, elle est avant tout une femme engagée, attentive aux failles de la société luxembourgeoise autant qu’à ses promesses. Présidente bénévole du Planning Familial, elle défend depuis plus de dix ans une approche profondément humaniste des droits des femmes, fondée sur l’écoute, l’autodétermination et la nuance. Un engagement de terrain, loin des postures, qui rappelle que l’intime reste éminemment politique.
Rédaction : Alina Golovkova
Qu’est-ce qui vous a conduite à vous engager pour les droits des femmes et au Planning Familial ?
Quand j’ai commencé au Planning Familial au Luxembourg, il y a une dizaine d’années, j’étais encore journaliste. J’en avais un peu marre d’être toujours dans le constat d’une société qui ne fonctionne pas et de pointer les problèmes sans participer activement aux solutions. Le déclic s’est fait après une rencontre avec l’ancienne présidente du Planning. Je suis venue proposer du bénévolat et je suis ressortie avec une proposition d’intégrer le conseil d’administration. Ce n’était pas du tout prévu.
Le Planning Familial faisait déjà partie de votre histoire personnelle…
Oui, je l’ai découvert adolescente, quand je vivais encore en Corse. J’ai grandi dans un milieu très traditionnel, où il était impossible de parler du corps, de la sexualité ou de l’affection. Une amie m’a amenée au Planning en me disant que je pourrais poser toutes mes questions sans être jugée. J’y ai trouvé un espace où je pouvais parler librement, sans jugement lié à mes origines ou à mon manque d’informations.
Ce n’était pas seulement un lieu pour parler de sexualité, mais aussi de mal-être, de construction identitaire. C’est là que j’ai appris à aimer les valeurs du Planning
Aujourd’hui, à qui s’adresse principalement le Planning Familial au Luxembourg ?
On a parfois l’impression que, dans un pays riche comme le Luxembourg, il n’y a pas de grands problèmes sociaux. C’est faux. La précarité augmente, et ce sont souvent les femmes qui en sont
les premières victimes, notamment les familles monoparentales. Même si nous accueillons aussi des hommes, des couples et des personnes non binaires, 98 % de nos patients sont des femmes.
Qu’est-ce qui distingue le Planning Familial du parcours médical classique ?
Nous ne sommes pas dans le jugement. Ni moral, ni religieux, ni idéologique. Une personne vient avec un besoin, nous y répondons. Si quelqu’un demande une IVG, nous adoptons une approche scientifique, claire et respectueuse. Notre valeur principale, c’est l’autodétermination. Chacun décide pour son corps.
Ce n’est pas aux médecins, ni à la société, de décider à la place des personnes.
Avez-vous observé une évolution des mentalités ces dernières années ?
Il y a à la fois une évolution positive et un backlash. Certains sujets, comme les menstruations, étaient presque impossibles à aborder dans l’espace public il y a dix ans. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus
présents dans le débat. Mais en parallèle, il y a une perte de nuance et une radicalisation, notamment sur les réseaux sociaux. Les attaques contre l’avortement, la contraception ou l’éducation sexuelle sont bien réelles et compliquent le travail sur le terrain.
La suite de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition de mars 2026.
Photo de couverture : Sylvain Munsch



