Ministre trentenaire, Elisabeth Margue a cheminé tôt au côté des chrétiens sociaux. « Droit et politique sont intimement liés » dit la native de Mamer, qui a grandi à Contern avec une petite sœur et est passée par le Lycée de Garçons de Luxembourg avant d’étudier le droit à Paris et à Londres. De retour au pays, elle s’installera dans la capitale et travaillera comme avocate tout en s’investissant en politique. Elle aime passer du temps avec sa fille, faire du sport – la natation après la danse et la course – et rêve d’un voyage en Patagonie. Elle nous livre une tranche de vie et évoque ses dossiers de la rentrée, réforme des médias, lutte contre les violences fondées sur le genre, protection des mineurs… Rencontre.

Rédaction : Karine Sitarz / Photos : Gaël Lesure

La politique fait partie de votre histoire familiale. Comment êtes-vous tombée dans le bain ?

Il y a des antécédents familiaux, mais le déclic a été à 17 ans un voyage scolaire à Auschwitz, une visite oppressante. Le soir, à l’auberge de jeunesse, des survivants que nous interrogions nous ont exhortés : « Soyez vigilants, soyez engagés ».

Dès mon retour, en 2007, je me suis impliquée au CSJ (NDLR : Jeunesse Chrétienne-Sociale) où j’ai été active pendant plus de 10 ans au comité national, et dont j’ai été présidente.

Après vos études de droit privé, vous intégrez Arendt & Medernach et ralliez le Barreau de Luxembourg. Que retenez-vous de ces années ?

Elles ont été enrichissantes, j’aimais faire du contentieux, traiter des dossiers très concrets, accidents de la circulation, questions de responsabilité médicale, défendre un client, une personne physique. Le cabinet formait les jeunes avocats, j’ai ainsi eu plein de petits dossiers à gérer. J’y suis restée jusqu’en novembre 2023, mais au fil des ans j’ai pris de plus en plus de congés politiques et étais moins présente à l’étude.

Militante au sein du CSJ, puis du CSV, conseillère communale, députée et aujourd’hui ministre… En tant que jeune femme, avez-vous fait face à des obstacles particuliers ?

J’ai été la première femme à la tête du CSJ, mais n’en ai pris conscience que quand je l’ai entendu à la radio ! Il faut qu’il y ait des femmes à ces postes, c’est normal et il faut les soutenir. Personnellement, j’ai toujours évolué dans une ambiance collégiale, les obstacles auxquels je fais face sont plus liés aux sujets à traiter et à la façon de faire.

Comment concilier le lourd portefeuille de la Justice avec celui des médias et de la connectivité et celui des relations avec le Parlement ?

La justice est un domaine très vaste, englobant de nombreux services, tels que l’administration pénitentiaire. C’est un secteur où les défis évoluent dans une certaine continuité. Mon autre portefeuille, lié à l’évolution technologique, m’amène à travailler sur de nombreuses réformes et à aborder des questions très techniques. Je passe deux demi-journées au SMC (NDLR : Service des médias, de la connectivité et de la politique numérique), le reste du temps au ministère de la Justice. J’aime jongler entre ces deux domaines, l’un plus institutionnel, l’autre à la pointe du progrès.

La ministre Elisabeth Margue, photographiée dans le Grund, non loin du Service des médias, de la connectivité et de la politique numérique dont elle a la charge.

Comment appréhendez-vous l’IA ?

L’intelligence artificielle est la technologie qui transforme tous les aspects de notre vie. L’IA est une opportunité, il faut l’aborder comme telle, mais il faut l’utiliser de façon raisonnée. Le SMC accompagne plusieurs projets en ce sens. La question de la souveraineté des données constitue un enjeu central. Le partenariat récemment noué entre le gouvernement et la start-up européenne Mistral AI contribuera au renforcement de notre autonomie technologique.

Engagée dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, vous avez soutenu à la Chambre la pétition de l’association La Voix des Survivant(e)s. Comment abordez-vous ce sujet ?

Il me tient à cœur. Un projet de loi limitant l’octroi du sursis pour des crimes graves, tels l’abus sexuel, la maltraitance ou la violence envers un enfant, sera soumis pour vote à la Chambre des députés prochainement. Nous travaillons également, en tenant compte des éléments soulevés par La Voix des Survivant(e)s, sur la transposition d’une directive européenne, qui vise à encore mieux prendre en compte la violence psychologique et la violence économique comme infractions dans le domaine de la violence domestique.

“Nous travaillons également, en tenant compte des éléments soulevés par La Voix des Survivant(e)s, sur la transposition d’une directive européenne, qui vise à encore mieux prendre en compte la violence psychologique et la violence économique comme infractions dans le domaine de la violence domestique.”

Elisabeth Margue

Quelles sont vos autres priorités pour la rentrée ?

La protection des mineurs me tient aussi à cœur. On a mis en place un groupe de travail avec d’autres ministères, car le sujet touche à l’éducation, à la santé mentale, à la digitalisation. Pour protéger les mineurs des contenus préjudiciables en ligne, il faut une harmonisation maximale au niveau européen.

Il y a par ailleurs le Drogendësch 2.0 et la lutte contre la criminalité liée aux stupéfiants. Afin de mieux encadrer la lutte contre la criminalité organisée, une accélération des procédures est à l’ordre du jour pour la rentrée.

Jeune maman, comment conciliez-vous vie publique et vie privée ?

C’est une question d’organisation. Comme dans tous les couples, il faut un soutien de la part du partenaire et parfois aussi des grands-parents. Ma fille est toujours de bonne humeur, ça facilite les choses (sourire).

Questions à la volée :

  • Une femme inspirante : Jacinda Ardern, ancienne Première ministre de Nouvelle-Zélande, impressionnante dans sa façon de gérer les dossiers, c’est regrettable qu’elle ne soit plus en poste.
  • Un livre de chevet : Lean In de Sheryl Sandberg, ancienne COO de Facebook qui a écrit pour encourager les femmes à se lancer.
  • Une série : Récemment la mini-série britannique Adolescence très révélatrice. Sinon j’adore Friends que je peux voir et revoir.

Interview initialement publiée dans le Femmes Magazine numéro 269 de septembre 2025.

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