Longtemps associées uniquement à la consommation de substances comme la drogue, l’alcool ou le tabac, les dépendances prennent aujourd’hui de nouvelles formes. Les addictions dites comportementales progressent dans nos sociétés modernes. On observe notamment une augmentation du nombre de femmes qui consultent pour un usage excessif du numérique, des comportements alimentaires problématiques ou encore du shopping compulsif.

Rédaction : Margot Houget

Nadine Teusch, psychothérapeute spécialisée dans le traitement des dépendances comportementales au ZEV, nous éclaire sur ces formes d’addiction, souvent minimisées chez les femmes, ainsi que les mécanismes neurologiques qu’elles impliquent.

Comment définissez-vous les « nouvelles addictions » également appelées « addictions comportementales » ? Que recouvrent-elles exactement ?

Les addictions comportementales désignent des schémas addictifs dans lesquels ce n’est pas une substance qui est consommée, mais un comportement qui devient compulsif. Ce qui définit l’addiction n’est pas l’activité en elle-même, mais la perte de contrôle, l’envahissement mental, la dépendance émotionnelle et la poursuite du comportement malgré des conséquences négatives. Ce cycle tension–action–culpabilité constitue le cœur de la dynamique addictive.

Parmi les formes les plus connues et officiellement reconnues figurent le trouble du jeu d’argent et le trouble du jeu vidéo. D’autres formes cliniquement pertinentes, bien que pas tou- jours classifiées officiellement, incluent l’achat compulsif, le workaholisme, l’usage excessif des réseaux sociaux ou d’Internet, la dépendance au sport ou encore la dépendance affective.

Observez-vous une augmentation des femmes qui consultent pour des addictions comportementales ?

Oui, on observe une augmentation notable des addictions comportementales chez les femmes, en particulier pour les dépendances liées aux réseaux sociaux, à l’usage d’Internet, au sport excessif, aux comportements alimentaires problématiques ou au shopping compulsif. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance.

Tout d’abord, la normalisation sociale joue un rôle important, de nombreux comportements susceptibles de devenir addictifs sont considérés comme positifs ou socialement acceptables chez les femmes. Cela retarde souvent la détection des problèmes. Ensuite, les femmes ont tendance à recourir davantage à des stratégies comportementales qui offrent une satisfaction immédiate ou un soulagement émotionnel. Les processus de comparaison sociale et les exigences de perfection y contribuent également.

Les addictions comportementales chez les femmes sont-elles plus souvent minimisées ?


Oui, je l’observe régulièrement en pratique clinique. Les addictions comportementales chez les femmes sont souvent sous-estimées ou banalisées, précisément parce qu’elles prennent des formes socialement acceptées, voire valorisées. Le sport intensif est perçu comme de la discipline, l’alimentation restrictive comme un souci de santé, l’auto-optimisation comme de l’ambition, et le « self-care » comme une démarche positive. De même, une présence très active sur les réseaux sociaux n’est pas immédiatement considérée comme problématique. Les femmes concernées elles- mêmes ont souvent le sentiment d’agir de manière contrôlée ou nécessaire pour rester performantes, attractives ou stables.

Les mécanismes neurologiques sont-ils comparables à ceux observés dans les addictions aux substances ?

Sur le plan neurologique, les mécanismes sont en grande partie comparables à ceux observés dans les addictions aux substances. Les addictions comportementales activent le système de récompense cérébral, en particulier les circuits dopaminergiques impliqués dans la motivation, l’anticipation du plaisir et l’apprentissage par renforcement. Comme pour l’alcool ou les drogues, la répétition du comportement renforce progressivement les connexions neuronales associées, favorisant l’automatisation et la compulsion. On observe également des phénomènes similaires de tolérance (besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir le même effet) et de symptômes de manque psychologique (irritabilité, agitation, humeur dépressive en cas d’arrêt). Les régions impliquées dans le contrôle inhibiteur, notamment le cortex préfrontal, peuvent être moins efficaces, ce qui diminue la capacité de régulation.

La suite de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition d’avril 2026.

Photo de couverture : Unsplash

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