L’anniversaire de la capitulation de l’Allemagne le 7 mai 1945 signe la disparition d’un empire racial et totalitaire qui selon ses inventeurs aurait dû durer un millénaire. Le vide a été aussitôt comblé par la Russie et les Etats-Unis. Aujourd’hui une nouvelle redistribution des cartes géopolitiques est en cours.

Rédaction : Cadfael

L’espoir d’une disparition des totalitarismes

Les actes juridiques de la reddition du Reich illustrent ce qui va suivre : à Reims le 7 mai 1945 à 2h41  la première capitulation sera signée avec les forces alliées du général Eisenhower, elle entrera en vigueur le lendemain. Un second acte sera signé avec les Russes le 8 mai 1945 à 22h 43 heure de Berlin  soit  le 9 mai 1945 à 0.43 heure de Moscou pour entrer en vigueur le lendemain. Le Japon signera sa capitulation le 2 septembre 1945. Les empires allemand et japonais disparaîtront créant un vide rapidement comblé, laissant l’URSS et les alliés des Etats-Unis face à face. La guerre froide est en gestation et l’Union soviétique fera tout ce qui est en son pouvoir pour la consolider au nom d’un marxisme-léninisme totalitaire. Moscou justifiera le pacte de Varsovie et sa version économique, le Comecon, grâce à des mascarades juridiques. Hitler l’idéologue assassin se sera suicidé, Staline son homologue continuera sa carrière sous l’admiration d’une partie de l’intelligentsia européenne. Comme le souligne l’historien Laurence Rees dans « Hitler et Staline » : « Ce qui les unissait était leur volonté d’assassiner des millions d’humains dans la poursuite de leurs rêves ». En ce sens il note que la rédaction de son ouvrage « était devenue pour lui une étude de la malléabilité de l’esprit humain », nécessaire terreau à l’éclosion des dictatures.

Une nouvelle architecture internationale

Selon le professeur Gavin de la Johns Hopkins University il en résultera un ordre mondial qui devra résoudre quatre défis colossaux : – Le risque d’un délitement économique et social de larges parts de la planète selon le modèle de la grande dépression des années 30. – Une réduction de la pauvreté globale de la planète en travaillant sur des parties n’ayant pas bénéficié du décollage industriel et économique largement circonscrit à l’Europe et l’Amérique du Nord. -La gestion de la dissolution « traumatique » des empires Européens et du Japon en créant les conditions de sécurité et de stabilité nécessaires à l’émergence de nouvelles entités souveraines et stables. Un dernier problème et non des moindres sera d’empêcher la résurgence de pouvoirs militarisés et génocidaires en Europe et au Japon. Ils ont dominé la politique mondiale de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle et ont culminé avec la Seconde Guerre mondiale, qui a fait 80 millions de morts, soit 3 % de la population mondiale. L’Union Européenne est une des réponses à ces défis, idéaliste quand à ses buts premiers et imparfaite quant à sa gestion actuelle, elle permet à 25 pays de marquer une position dans les jeux de pouvoir des grandes puissances.

La Pax americana

De Gaulle était prémonitoire : « La vérité, c’est que les Américains finiront par se faire détester par tout le monde. Même par leurs alliés les plus inconditionnels. »  C’était en 1963. Soixante ans plus tard cette prédiction est difficile à ignorer grâce à un président américain mégalomane associé à des milliardaires de la tech et des religieux presbytériens. L’OTAN et son architecture de sécurité taillée sur mesure par et pour Washington étaitent d’une nécessité vitale pour les européens en première ligne face aux forces du Pacte de Varsovie. L’Europe était condamnée à faire confiance en son allié principal. Aujourd’hui c’est Trump dans une connivence de fait avec son alter ego moscovite qui déboulonne l’architecture mise en place sous l’influence de Washington à partir de 1945. Le mépris du droit, de la démocratie et des alliances au profit du business force les européens à prendre conscience que l’Amérique d’aujourd’hui n’est plus digne de confiance.

L’Europe de l’interrègne

Le philosophe italien Antonio Gramsci définissait l’ « interregnum » comme une période de crise où l’ordre politique et social ancien est en train de disparaître et un nouvel ordre n’est pas encore né. En février dernier, à Davos, le Premier ministre canadien Mark Carney alertait de « l’ordre international fondé sur des règles de l’après-guerre froide » qui ne tenait plus, et que les pays devaient « accepter le monde tel qu’il est, et non tel que nous souhaiterions le voir ».  Le droit est devenu le cache misère d’un environnement politique et culturel délétère. Les gouvernants européens le vivent coincés entre leurs propres faiblesses, une Russie qui au nom de la « Rodina », la sainte mère Russie, veut retrouver sa grandeur, la volatilité des Etats Unis et un Empire du Milieu omniprésent.  Le réveil d’une Europe aux prises avec ses anciens démons est douloureux, amplifié par le mépris de Trump vis-à-vis de ses « encore » alliés, Un réajustement des jeux de pouvoir et de dépendance est en cours avec pour la locomotive franco-allemande une Allemagne qui veut devenir le leader européen en matière de défense non nucléaire. Espérons retrouver l’optimisme et l’élan qui ont présidé à la création de la CECA devenue CEE avant de muter en Union européenne un conglomérat ouvert à tous vents.

Photo de couverture : Unsplash

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