Répondre à un vrai désir d’enfant, atteindre une situation stable, retarder l’horloge biologique et avoir des enfants plus tard – faisant fi de la date butoir de la fertilité – est possible grâce à la congélation des ovocytes. Aux États-Unis, Grande-Bretagne, Belgique, Pays-Bas, Espagne, Italie et depuis le 3 août 2021, en France dans le cadre de la loi sur la bioéthique. Quels que soient l’état de santé et le désir de la femme. Au Luxembourg, la donne diffère. Seules des raisons médicales autorisent cette pratique. Au-delà des réserves éthiques autour du thème, est-ce pour toutes les femmes la solution adéquate pour avoir des enfants ? Tour d’horizon.

Rédaction : Geneviève Locmaria

Une solution pour conserver sa fertilité ?

L’organisation mondiale de la Santé (OMS) définit l’infertilité comme l’impossibilité d’être enceinte après douze mois de rapports sexuels réguliers et non protégés. Reconnue par l’OMS comme une maladie, l’infertilité touche environ 1 personne sur 6 dans le monde ! En Europe et plus particulièrement au Grand-Duché, la fertilité diminue progressivement après l’âge de 35 ans et devient nettement plus faible après l’âge de 40 ans, en raison de la diminution du nombre et de la qualité des ovocytes.

Vers 37 ans, il resterait environ 25 000 ovocytes, soit entre 10 et 20 % de la réserve initiale, selon Wallace & Kelsey. Il s’agit d’une estimation indicative et non d’un chiffre fixe. Ajouté à ce phénomène, les femmes sont parfois poussées par la société à vivre leur maternité plus tardivement. Prendre le temps de faire des études. Débuter une activité professionnelle. Vivre dans un environnement plus stressant. Autant de facteurs responsables d’une période de fertilité de plus en plus courte avec un âge moyen de la première grossesse à 31 ans au Luxembourg, selon une étude de la Statec. Autre chiffre en baisse : le taux de fécondité. Alors que l’on comptait 2,29 enfants par femme en 1960, Ce taux a chuté à 1,31 en 2022 puis à 1,25 en 2023, selon le Statec. Pourtant le Grand-Duché engage des mesures d’envergure pour encourager la natalité. Pauses d’allaitement. Allocations familiales généreuses. Le Luxembourg propose des congés parentaux généreux et flexibles, assortis de pauses d’allaitement de 2×45 minutes par jour. Rien n’y fait. Ce fameux taux de fécondité continue de baisser considérablement d’année en année.

Selon les estimations scientifiques, il resterait autour de 25000 ovocytes vers 37 ans, soit environ 10 à 20 % de la réserve initiale.

Si les femmes font des enfants de plus en plus tard, la qualité du sperme de ces messieurs a nettement diminué au cours des dernières décennies. Stress, tabac, drogues, mauvaise hygiène de vie et effets environnementaux en sont les causes. Conséquence ? Au Luxembourg, de plus en plus de femmes ont recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Selon les estimations internes du CHL, la demande de PMA augmente chaque année. À noter qu’au Luxembourg, cette méthode s’adresse aux couples hétérosexuels, aux femmes célibataires et aux couples lesbiens.

Mythe ou réalité pour toutes ?

Bien que la congélation, appelée aussi cryoconservation ou vitrification, d’ovocytes soit un traitement totalement sûr, de nombreux doutes et questionnement persistent à ce sujet. Première idée reçue : la congélation pourrait altérer l’ovocyte. Les techniques modernes de vitrification permettent un taux de survie des ovocytes décongelés de 90 à 95 %. Toutefois, le taux d’enfant effectivement obtenu après utilisation est bien plus bas (2 à 12 % selon l’âge et
la qualité des ovocytes). Autre crainte : une grossesse à risque. Les avis divergent.

Selon une étude récente parue dans la revue « Hypertension » de l’American Heart Association en 2022, le risque d’hypertension artérielle pendant la grossesse serait considérablement plus élevé après un transfert d’embryon congelé par rapport aux grossesses naturelles. Qu’en est-il des effets de la stimulation ovarienne ? Le traitement n’est pas anodin et peut entraîner certains effets secondaires désagréables : bouffées de chaleur, un gonflement abdominal, des tiraillements et sautes d’humeur. Le risque d’hyperstimulation ovarienne sévère reste faible (0,5 à 2% des cas), mais il peut entraîner des complications parfois graves, y compris thromboemboliques.

Autre point à souligner. La congélation d’ovocytes n’offre aucune garantie : le risque d’échec reste significatif et la probabilité de succès dépend fortement de l’âge de la femme au moment de la congélation. Selon les analyses du Conseil Scientifique du Luxembourg, la PMA ne résout pas tout et le taux de réussite de cette procédure reste limité. L’âge de la patiente a un impact non négligeable sur la réussite du traitement. Plus une femme est jeune lorsqu’elle congèle ses ovocytes, idéalement avant 35 ans, plus ses chances de grossesse réussie sont élevées. Et le coût ? Si la congélation est effectuée par convenance personnelle, elle doit être réalisée hors frontières du Grand-Duché et n’est pas remboursée par la CNS. En France, il faut compter environ 3 000 euros pour une congélation ovocytaire.

Ce tarif comprend les différents examens médicaux, la stimulation ovarienne ainsi que le prélèvement des ovocytes et la vitrification. Il faut ensuite rajouter le coût de la conservation. Comptez environ 40 à 60 euros par an. Si vous décidez d’aller dans l’hexagone, sachez que la demande est tellement importante que les centres sont saturés. La forte demande en France peut conduire certains centres à prioriser selon l’âge, mais la loi fixe officiellement la borne entre 29 et 37 ans.

En quoi consiste la cryoconservation d’ovocytes ?

Avant toute chose, doit-on parler d’ovocyte ou d’ovule ? Les deux termes sont souvent utilisés pour désigner la même chose. Il existe cependant une nuance : l’ovocyte est la cellule immature contenue dans l’ovaire, expulsée lors de l’ovulation, et l’ovule est l’ovocyte fécondé ou sur le point de l’être, juste avant la fusion avec le spermatozoïde. Ainsi dès la naissance, chaque bébé de sexe féminin possède un stock d’ovocytes, éléments essentiels pour concevoir des enfants.

La congélation d’ovocytes n’est pas un gage d’assurance à 100% de fertilité. L’âge de la patiente a un impact non négligeable sur la réussite du traitement.

Quelles sont donc les étapes de ce procédé qui permet, au Luxembourg, de pratiquer des procréations médicalement assistées (PMA) pour raisons médicales ou planifier une future grossesse après un traitement lourd, type chimiothérapie ou radiothérapie ? Première étape : prise de rendez-vous avec un médecin référent en médecine de reproduction. Le gynécologue réalise tout d’abord une anamnèse complète, reprenant les antécédents gynéco obstétricaux, médicaux et chirurgicaux, ainsi que les antécédents familiaux. Habitudes de vie, habitudes professionnelles et exposition aux facteurs risque d’infertilité – tabac, alcool, anomalies pondérales – sont aussi passées au crible.

Viennent ensuite l’échographie vaginale et l’examen sanguin. Objectif ? Évaluer la réserve ovarienne et mesurer le taux d’hormone. Le prélèvement sanguin permet au médecin de dépister trois hormones clés. L’hormone folliculostimulante (FSH) qui déclenche la croissance des follicules ovariens avant l’ovulation. L’œstradiol, principalement produit par les ovaires, qui reflète leur activité et la qualité des ovocytes.

Et enfin l’hormone anti-müllérienne (AMH), corrélée au nombre de follicules antraux et prédictive du rendement attendu sous stimulation, mais qui ne reflète pas directement le stock total d’ovocytes. Il peut ensuite déterminer le dosage adéquat du traitementde stimulation ovarienne à suivre. Cette troisième étape se fait à domicile par la patiente elle-même. À partir du deuxième jour de ses menstruations, la femme s’auto-administre des injections d’hormones à domicile pendant dix à douze jours afin de faire mûrir un groupe d’ovocytes dans les ovaires. Durant cette période, elle devra passer une échographie pelvienne ainsi qu’effectuer des prises de sang tous les deux ou trois jours afin de surveiller la réaction de son corps aux hormones. En général, au bout de huit à quatorze jours, elle s’administre une injection dite « déclencheuse » pour aider les ovocytes à parachever leur processus de maturation. Environ trente-six heures plus tard, la femme subit une intervention chirurgicale sous anesthésie au cours de laquelle les ovocytes sont recueillis ; idéalement dix ou plus. Ensuite, les ovocytes sont vitrifiés et conservés dans de l’azote liquide à une température de -196° C. Pas si simple.

Qu’est-ce que la médecine de restauration de la fertilité ?

Il s’agit d’une discipline émergente, encore peu répandue en Europe, et dont l’efficacité reste variable et en cours d’évaluation scientifique. Son approche repose sur l’idée que la fertilité peut être améliorée par une compréhension approfondie des cycles naturels du corps féminin, en utilisant des méthodes médicales et des suivis médicamenteux. Adieu congélation d’ovocytes et procréation médicalement assistée. La médecine de restauration de la fertilité cherche à identifier et à traiter les origines sous-jacentes de l’infertilité tout en respectant les processus naturels du corps humain. Seule contrainte pour ce traitement : il faut se donner du temps.

Étudier et observer le cycle de la femme, les habitudes de vie, identifier et analyser tous les paramètres de l’infertilité nécessite un suivi prolongé, généralement de plusieurs mois, parfois jusqu’à deux ans ou plus selon les situations cliniques. Est-ce encore une de ces méthodes naturelles pour traiter l’hypofertilité ? Non. « Il s’agit d’une prise en charge médicale en vuede faciliter la conception, qui va, elle, se dérouler de façon naturelle sous la couette. Cette approche permet non seulement de travailler sur la fertilité et la santé globale de la femme, mais aussi sur la fertilité de l’homme, sujet de plus en plus problématique » explique le Docteur Amélie Barret-de-Gassart du Centre médical de Bonnevoie, formée par le Professeur René Ecochard, professeur émérite de médecine à l’université Claude Bernard de Lyon. Et si la médecine de restauration de fertilité était la médecine reproductive de demain ? À suivre.

Interview initialement publiée dans le Femmes Magazine numéro 269 de septembre 2025.

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