Les Sœurs est une marque belge solidement implantée sur la scène mode en Flandre, avec huit boutiques permanentes, un pop-up et un site Internet. Vêtements, bijoux, accessoires et décoration, le label propose une vaste sélection d’articles, tout en restant fidèle à son ADN. Celui de la proximité avec les clientes et de l’accessibilité des prix. Aux commandes, trois sœurs, aux expertises complémentaires, également visages de la marque, pilotent le navire ensemble depuis 2011. L’aînée, Clio Hendrickx, a ouvert la voie en quittant la première son emploi à temps plein, sans se douter qu’une success story familiale l’attendait. Et les frangines ne comptent pas s’arrêter là. Elles aspirent désormais à s’exporter à l’international. Rencontre avec la première de la fratrie
Propos recueillis et traduits de l’anglais par Margot Houget
Votre passion pour la mode est née très tôt. J’ai entendu dire que vous transformiez déjà votre salon en podium avec vos sœurs lorsque vous étiez plus jeune.
Clio Hendrickx : Oui, en effet. Depuis notre enfance, mes sœurs et moi sommes passionnées par la mode. À l’époque, nous avions une grande valise remplie d’accessoires et nous organisions des défilés dans notre salon. En tant qu’aînée, je décidais du rôle de chacune sur le podium. Mes sœurs imitaient parfois Claudia Schiffer ou Kate Moss, et c’est moi qui choisissais leurs tenues. Cette passion ne nous a jamais quittées en grandissant. Plus tard, lorsque ma sœur Julie a eu 13 ans, Kay 16 ans et moi 19 ans, nous avons commencé à voyager à Milan et à Paris pendant les Fashion Weeks. Nous créions nos propres pièces et nous les portions ensuite dans la rue. C’étaient les premiers pas de ce qui allait devenir plus tard notre entreprise.
Quel a été le déclic qui vous a poussée à vous consacrer pleinement à votre marque ?
En 2015, nous avions toutes les trois des emplois à temps plein et faisions tourner Les Sœurs en parallèle, après nos heures de travail. Mais l’entreprise devenait trop importante pour continuer ainsi. Le déclic est sûrement venu avec le lancement du bracelet Gladys, inspiré des sandales gladiateur. C’était un grand bracelet en cuir qui a rencontré un énorme succès.
« En 2015, nous avions toutes les trois des emplois à temps plein et faisions tourner Les Sœurs en parallèle, après nos heures de travail. »
Nous avons alors décidé : « Ok, on se lance ! ». Nous nous sommes regardées pour savoir qui ferait le premier pas. Mes sœurs m’ont désignée, car je travaillais depuis dix ans dans le secteur de la distribution alimentaire et j’avais acquis une solide expertise dans le développement de produits. J’ai quitté mon emploi à l’été 2015 et en février 2016, notre première boutique ouvrait à Hasselt. Ce fut une excellente décision.
Comment répartissez-vous les différentes responsabilités ?
Je n’ai pas étudié la mode, mais les sciences économiques appliquées. Aujourd’hui encore, dans notre entreprise, mon rôle se concentre sur l’aspect commercial : marketing, vente, e‑commerce, et aussi la recherche de nouvelles opportunités de points de vente, comme celle que nous avons récemment trouvée à Maasmechelen Village en Belgique. Mes sœurs Kay et Julie, quant à elles, incarnent le côté créatif de l’entreprise. Kay est responsable du design de notre collection de vêtements, et Julie s’occupe de la conception et de l’achat des bijoux. Nous avons donc des rôles clairement définis avec des compétences complémentaires.
Travailler en famille peut être un défi. Comment parvenez-vous à concilier vie professionnelle et vie personnelle ?
Lorsque nous sommes chez Les Sœurs, nos discussions portent avant tout sur la marque et l’entreprise. Chacune a ses propres tâches, et nous faisons de notre mieux pour rester professionnelles devant notre équipe. Bien sûr, en tant que sœurs, des désaccords peuvent surgir et cela arrive. Mais nous avons une règle. Quand nous ne sommes pas d’accord, nous procédons à un vote. Par exemple, si Kay et Julie choisissent le bleu et que je préfère le rose, nous suivons la majorité, donc le bleu. C’est simple, c’est la loi de la démocratie, et ça régit toujours les décisions. Nous avons aussi une grande confiance les unes envers les autres et nous gardons toujours en tête de faire le mieux pour Les Sœurs en tant qu’entreprise.
Quels sont les avantages à travailler entre sœurs ?
Avec une sœur, on peut toujours être honnête et directe. Pas besoin de se demander ce que notre collègue pourrait penser. Cette franchise rend la communication efficace. Beaucoup diraient qu’ils ne pourraient jamais travailler avec leur frère ou leur sœur. Dans notre cas, nous avons eu un peu de chance. Nous partageons les mêmes intérêts et passions avec des compétences complémentaires. Tout a évolué naturellement. De ces trois sœurs qui organisaient des défilés dans leur salon jusqu’à aujourd’hui, où nous dirigeons une entreprise de 65 personnes.
À quoi attribuez-vous le succès de votre marque et sa capacité à perdurer dans le temps ?
Je dirais que Les Sœurs est une marque très personnelle pour nos clientes. Nous sommes encore aujourd’hui le visage de notre propre marque, un choix volontaire. Nous souhaitons que nos clientes puissent se reconnaître en nous. Par exemple, ma sœur Julie a 36 ans et porte du S, Kay a 39 ans et porte du M, et moi, j’ai 42 ans et je porte du L. Cette diversité permet à chacune de se retrouver dans la marque, ce qui la rend authentique et personnelle.
Vous possédez huit boutiques physiques en Belgique, réparties dans plusieurs villes en Flandre. Vous venez d’ouvrir une boutique éphémère à Maasmechelen Village, accessible jusqu’au 12 juillet. Pourquoi un pop-up là-bas ?
Nous avons choisi Maasmechelen Village, car c’est une destination que nous envisagions depuis longtemps. Les racines de la marque sont ici, dans la région du Limbourg, en Belgique, et nous sentions qu’elle offrait encore pas mal de potentiel. Le moment était parfait, tant au niveau du stock que du timing pour concrétiser ce projet. De plus, une boutique pop-up crée toujours un certain engouement et un buzz.
Comment envisagez-vous le futur ?
Nous souhaitons ouvrir une boutique à Bruxelles et renforcer notre présence dans la région flamande. Nous envisageons également de nous implanter au Luxembourg ainsi que dans les principales villes des Pays-Bas, où nous ne disposons pas encore de points de vente. Parallèlement, nous développons de plus en plus la vente en gros. Nous travaillons avec une agence qui représente et distribue notre marque aux boutiques locales en Europe. Notre rêve serait de pouvoir ouvrir nos propres boutiques Les Sœurs dans les grandes villes européennes.
Photo de couverture : Clio, Kay et Julie Hendrickx © Hanne Fransen
Article initialement paru dans Femmes Magazine édition mai 2026.




