Les pompes sont un outil traditionnel dans le monde académique, honni par beaucoup, chéri par d’autres. Elles se sont mises au goût du jour et sont plus fréquentes qu’on ne le croit dans un contexte d’intelligence artificielle qui interroge.
Rédaction : Cadfael
Au départ, il y avait une paire de lunettes d’aviateur
En 1952, Ray-Ban édite le modèle Wayfarer, rendu célèbre grâce à la comédie hollywoodienne Breakfast at Tiffany’s, où Audrey Hepburn les exhibe. Aujourd’hui, celui-ci se démarque par une variante plutôt intrusive. Il s’agit du modèle revu et corrigé par Meta, la société d’IA qui aime pomper vos données. Il est le premier à incorporer une technologie de capture d’image et d’enregistrement de sons. En février de cette année, le New York Times annonçait que Meta allait sortir un modèle plus perfectionné incluant une technologie de reconnaissance faciale, technologie policière honnie par tous les défenseurs des libertés.
L’embarras du choix
Selon Wikipédia, « les lunettes intelligentes sont des ordinateurs portables que l’on porte sur les yeux ou sur la tête. Nombre d’entre elles intègrent des écrans qui affichent des informations complémentaires à ce que voit l’utilisateur ». L’américain PC Mag souligne que les modèles les plus perfectionnés du marché incluent « des technologies telles que des caméras, des écrans et des capteurs intégrés à leur monture ». Les lunettes intelligentes peuvent ainsi offrir des vues en réalité augmentée (RA), des assistants IA et des instantanés Instagrammables directement sur votre visage.
Ce ne sont plus de simples écrans portables connectés à un téléphone, mais « de véritables merveilles de réalité mixte sans fil », et dans la plus grande discrétion : la plupart ressemblent à des lunettes ordinaires. Sur le site de Ray-Ban, on peut lire : « Pas besoin d’activer votre téléphone. Avec quelques mots, les nouveaux modèles passent des appels, envoient des messages, contrôlent diverses fonctions et trouvent des réponses aux questions qui peuvent vous venir à l’esprit, le tout avec des fonctions audio améliorées. »
Une belle invitation, bien comprise par les éléments les « plus créatifs » de nos universités. Les premiers modèles se trouvent à moins de 100 euros, tandis que les plus sophistiqués dépassent les mille euros. Toutes les grandes marques s’y mettent : Oakley, Samsung, etc. Connectées aux réseaux, elles sont compatibles avec des montres connectées, des ordinateurs, des tablettes et, bien sûr, avec Alexa.
Des études galvaudées ?
Malgré de constants appels à l’intégrité académique, l’usage de gadgets électroniques dans les fraudes aux examens est en hausse. Aucun pays n’est épargné par des tricheries plus ou moins sophistiquées, comme en témoignent les statistiques et analyses européennes et nord-américaines.
Un grand quotidien espagnol se plaignait récemment de la présence de lunettes plus intelligentes que leur porteur lors de concours dans les spécialités de médecine, notamment à Saint-Jacques-de-Compostelle. Des besoins fréquents d’aller aux toilettes ont fini par rendre certains candidats suspects. Même constat en Belgique, où l’an dernier des étudiants flamands ont été soupçonnés d’avoir utilisé massivement ChatGPT lors de l’examen d’entrée en médecine et en dentisterie. En un an, le taux de réussite est ainsi passé de 18,9 % à 47 %.
En France, Pamplemousse Magazine Online, une référence pour les étudiants en droit, a synthétisé les résultats de diverses études, dont celle menée en 2025 par GoStudent auprès de 5 600 étudiants dans six pays.
Tricher n’a jamais été aussi facile
En France, les chiffres disponibles concernent surtout les facultés de droit. Dans les établissements privés d’études juridiques, les taux de triche sont plus faibles : 20 % à la Catho de Paris, contre 66 % dans les universités publiques comme Nanterre.
En droit, 60 % des étudiants pensent que la triche dévalorise leur diplôme, mais paradoxalement 23 % reconnaissent avoir triché malgré tout. De manière générale, l’usage de l’intelligence artificielle pour tricher lors d’un examen atteindrait 26 % en France.
Les méthodes classiques ont toutefois toujours le vent en poupe : 55 % copient sur un autre candidat ou communiquent pendant l’épreuve. Environ 40 % utilisent Internet ou des messageries instantanées, 23 % ont recours aux traditionnelles pompes papier, 20 % utilisent des documents interdits et 7 % du matériel dissimulé sur eux, comme des calculatrices programmables, des smartphones ou d’autres technologies connectées, notamment dans les épreuves de mathématiques.
De manière générale, la présence croissante des nouvelles technologies pose un réel problème. L’apprentissage pour l’université se prépare dès le baccalauréat, où les nouvelles technologies représentaient déjà 52 % de la fraude identifiée en 2024. Intelligence artificielle, lunettes, montres et oreillettes connectées… « La triche au bac toujours plus high-tech », titrait un quotidien l’année dernière. Un avant-goût de ce qui semble en train de s’installer, et peut-être un présage pessimiste pour la valeur des diplômes.
Photo de couverture : Istock



