Architecte-paysagiste et fondatrice de BLUMM Landscape, Barbara Hellin imagine des espaces extérieurs où nature, esthétique et biodiversité cohabitent harmonieusement. Parmi les rares femmes à exercer ce métier au Luxembourg, elle accompagne aussi bien les particuliers que les collectivités dans la conception de projets sur mesure, pensés pour durer. Passionnée par les plantes sauvages et convaincue qu’elles ont un rôle essentiel à jouer face aux défis climatiques, elle crée des lieux de vie qui s’intègrent naturellement à leur environnement. Rencontre avec une professionnelle qui invite à porter un nouveau regard sur nos espaces extérieurs.

Contenu sponsorisé par BLUMM Landscape

Vous faites partie des rares femmes architectes-paysagistes au Luxembourg. Comment êtes-vous tombée amoureuse de ce métier ?

Je ne peux pas dire qu’il y ait eu une révélation soudaine. Mon parcours s’est construit progressivement, à partir d’une sensibilité qui m’accompagne depuis l’enfance. Rêveuse, j’aimais observer les grands arbres solitaires, les cours d’eau ou les fleurs des champs. Certains lieux me touchaient plus que d’autres par leur atmosphère, comme s’ils portaient une histoire ou une mémoire particulière.

Plus tard, je me suis orientée vers l’architecture. Au fil de mes études, j’ai découvert l’histoire des jardins et l’aménagement du territoire, des disciplines qui ont immédiatement résonné en moi. Puis, lors de mon année Erasmus à Venise, un cours d’architecture du paysage a été le véritable déclic. J’ai compris que ce métier réunissait tout ce qui m’animait : la création, l’esthétique, la nature et la manière dont les lieux influencent notre façon de vivre.

Avec le recul, je dirais que ce n’est pas tant une vocation qui est apparue qu’une évidence qui s’est progressivement révélée.

Que révèle un jardin ou un espace extérieur de la personnalité de ceux qui l’habitent ?

Je crois qu’un jardin ou un espace extérieur révèle souvent nos aspirations plus que notre personnalité.

Que ce soit dans un jardin privé ou un espace public, les lieux les plus appréciés sont souvent ceux qui répondent à des besoins que nous exprimons rarement : ralentir, se retrouver, se sentir bien ou simplement profiter d’un cadre agréable. Dans un quotidien souvent très rythmé, beaucoup de personnes recherchent sans forcément le formuler un lieu où elles peuvent souffler et se ressourcer.

« Aujourd’hui, j’intègre de plus en plus de prairies fleuries, de plantations adaptées aux conditions locales et de communautés végétales durables et résilientes face aux changements climatiques. »

Parfois, les personnes que je rencontre disposent déjà d’un grand extérieur, mais ne savent pas vraiment comment l’habiter. Elles ont le sentiment qu’il manque quelque chose sans pouvoir l’identifier. Mon travail consiste alors à les accompagner dans cette réflexion. J’essaie de comprendre leur manière de vivre, ce qui compte pour elles au quotidien, les moments qu’elles aiment partager ou simplement ce qui leur procure du bien-être.

Le jardin révèle souvent ce qui compte vraiment pour ceux qui l’habitent.

Lorsque vous démarrez un nouveau projet, comment transformez-vous les envies de vos clients en un espace concret et harmonieux ?

Qu’il s’agisse d’un jardin privé ou d’un espace public, je m’intéresse toujours à la manière dont les personnes vont vivre et ressentir le lieu. C’est à partir de cette compréhension que le projet commence à prendre forme.

Ensuite, j’essaie de traduire ces intentions de manière concrète. Les clients arrivent souvent avec des demandes précises et mon travail consiste à leur donner une cohérence d’ensemble, en lien avec le site et la façon dont il sera habité.

Selon les projets, cela peut se traduire par la création de séquences plus intimes, d’espaces plus ouverts ou de transitions douces entre les différents usages. Une terrasse peut ainsi devenir un lieu protégé par la végétation, tandis qu’un espace de repos peut s’ouvrir sur le paysage tout en conservant un ancrage rassurant dans son environnement immédiat.

J’aime également composer avec le vivant. Les végétaux ne servent pas uniquement à structurer l’espace : ils apportent du mouvement, des variations au fil des saisons et attirent naturellement oiseaux, papillons et insectes. Ce sont souvent ces petits détails qui donnent une âme au jardin et le rendent agréable à vivre au quotidien.

Les plantes sauvages occupent une place importante dans vos réalisations. Qu’est-ce qui vous fascine chez elles ?

Ce qui m’attire dans les “plantes sauvages”, ce n’est pas uniquement leur coté spontané, mais la qualité d’ambiance qu’elles permettent de créer. J’aime l’approche des paysagistes britanniques d’aujourd’hui comme Sarah Price, Dan Pearson ou Nigel Dunnett, qui mêlent plantes indigènes et horticoles pour créer une harmonie sauvage. Ils explorent chacun à leur manière des paysages plus immersifs, plus sensibles et plus ancrés dans les dynamiques du vivant.

Aujourd’hui, j’intègre de plus en plus de prairies fleuries, de plantations adaptées aux conditions locales et de communautés végétales durables et résilientes face aux changements climatiques. J’aime jouer avec ces systèmes plus libres en les associant à des compositions de vivaces plus structurées pour créer des espaces qui évoluent et s’équilibrent avec le temps. Ce que je cherche, ce sont des jardins qui ne soient pas figés, mais qui restent en mouvement et en dialogue constant avec leur environnement.

Vous aimez imaginer des espaces pensés pour les enfants. Comment crée-t-on un extérieur à la fois ludique, esthétique et proche de la nature ?

Pour moi, un espace pensé pour les enfants doit être avant tout un lieu d’expériences, où l’on peut explorer, observer et inventer. La nature y joue un rôle central, non pas comme décor, mais comme un véritable support de jeu. J’aime imaginer des espaces où les enfants peuvent s’approprier les éléments du paysage : se cacher dans les plantations, suivre un chemin, franchir un léger relief, s’asseoir au milieu des végétaux. Le jardin devient alors un terrain de découvertes, où l’imagination prend le relais.

Les plantations jouent également un rôle important dans cette évolution. Elles apportent des couleurs, des textures, des parfums et transforment les perceptions au fil des saisons. Le jardin devient ainsi un environnement vivant qui se renouvelle continuellement et nourrit l’imaginaire des enfants.

Beaucoup de personnes rêvent d’un beau jardin mais pensent manquer d’espace. Peut-on créer un véritable écrin de verdure même en ville ?

Oui, bien sûr, mais je pense que la question n’est pas tant celle de la surface que celle de la qualité de l’espace. Même en ville ou dans des jardins très compacts, il est possible de créer de véritables lieux de respiration, à partir du moment où l’on pense les usages, les ambiances et les transitions. Un petit espace peut devenir très riche s’il est structuré avec justesse.

Ce type de jardin demande même une attention particulière. Les espaces réduits sont souvent plus exigeants, car chaque choix est immédiatement lisible. Il faut aller à l’essentiel, éviter de surcharger, tout en travaillant des détails très fins qui donnent du caractère et de la profondeur. La végétation contribue également à estomper les limites et à donner une impression d’espace plus généreux.

Vous accompagnez aussi bien des particuliers que des collectivités publiques. Quelles sont les différences entre ces projets ?

Dans les projets privés, il s’agit souvent d’un dialogue avec une famille ou des habitants, autour d’un mode de vie très personnel. On cherche à créer un lieu qui leur ressemble, un espace intime, presque comme une extension de la maison, où chaque détail est ajusté à leur manière d’habiter.

Dans les projets publics, la démarche est plus collective. Il faut composer avec une multiplicité de regards et de pratiques. Un espace doit pouvoir être approprié de différentes façons, à différents moments de la journée, par des personnes très variées. Cela demande une lecture plus large du site et de ses usages possibles.

« Je crois aussi que les jardins seront de plus en plus considérés comme des lieux multifonctionnels. »

Dans ces projets à plus grande échelle, j’accorde également une attention particulière à la biodiversité et à la diversité des milieux. Je réfléchis à la manière dont un projet peut accueillir des plantations variées, favoriser différentes strates végétales et créer des conditions propices à une plus grande richesse écologique, tout en restant pleinement intégré aux usages du site.

Qu’il s’agisse d’un jardin privé ou d’un espace public, je m’intéresse avant tout à la relation qui se crée entre les personnes, le paysage et leur environnement. L’échelle change, mais cette réflexion reste la même.

Selon vous, quelles sont les tendances qui façonneront les espaces extérieurs de demain ?

Je pense que les paysages de demain seront de plus en plus conçus comme des systèmes vivants, capables de s’adapter aux évolutions du climat tout en restant accueillants. La question de la résilience va devenir centrale. Cela concerne bien sûr le choix des plantations, avec des végétaux capables de mieux supporter les périodes de sécheresse ou les épisodes climatiques plus extrêmes, mais aussi la manière dont nous gérons l’eau, les sols ou encore la place de l’arbre dans nos villes et nos jardins. L’ombre, par exemple, devient aujourd’hui un véritable enjeu de confort.

Nous observons également une attention croissante portée à la provenance des matériaux, à leur réemploi et à une forme de sobriété dans les aménagements. L’idée n’est plus d’ajouter toujours davantage, mais de concevoir des espaces plus justes, plus durables et plus cohérents avec leur contexte. Je crois aussi que les jardins seront de plus en plus considérés comme des lieux multifonctionnels : des espaces de détente, bien sûr, mais aussi des lieux capables de favoriser la biodiversité, de gérer les eaux pluviales, d’apporter de la fraîcheur ou même de produire une partie de notre alimentation.

© Colin Salmon et Laurent Weber

Quel projet au Luxembourg vous a le plus marquée au cours de votre carrière, et pourquoi ?

Je ne suis pas certaine qu’il y ait un seul projet qui m’ait plus marquée que les autres. Ce sont plutôt certains lieux qui ont constitué des étapes importantes dans mon parcours. Je pense par exemple à l’un de mes premiers jardins au Luxembourg, autour d’une maison d’architecte ouverte sur les champs. Le projet consistait à renforcer le lien entre le jardin et le paysage environnant, à faire entrer cette vue dans la vie quotidienne des habitants. Plus récemment, j’ai également travaillé sur des contextes très différents, comme une terrasse dans le Grund offrant un panorama exceptionnel sur la vieille ville ou encore la place Op der Schmëdd dans le centre-ville, où la réflexion portait davantage sur la manière de reconnecter les habitants à l’Alzette et de redonner une qualité d’usage à l’espace public.

Avec le recul, je réalise que ce sont souvent ces projets qui me marquent le plus : ceux où le paysage est déjà présent, parfois de manière discrète, et où notre travail consiste à le révéler, à le rendre plus accessible ou plus sensible. C’est probablement ce que je trouve le plus passionnant dans mon métier.

Si vous deviez convaincre quelqu’un de faire appel à un architecte-paysagiste, quel serait votre principal argument ?

Je dirais qu’un architecte-paysagiste permet souvent de voir un espace autrement. Lorsqu’on vit quotidiennement dans un jardin ou que l’on fréquente régulièrement un site, on finit parfois par ne plus percevoir tout son potentiel. Notre rôle consiste à prendre du recul, à observer ce qui existe déjà et à imaginer comment le paysage peut révéler davantage de qualités, d’usages ou de confort.

Au-delà du dessin, nous réfléchissons à la manière dont un projet va évoluer dans le temps : comment les végétaux vont grandir, comment les espaces seront utilisés, comment ils pourront s’adapter aux évolutions du climat ou aux besoins futurs. Pour moi, un projet réussi est un projet qui trouve le juste équilibre entre les usages, le paysage et le vivant. Un espace qui répond aux besoins d’aujourd’hui tout en restant capable d’évoluer demain.

© Giulia Frigerio

Contenu sponsorisé par BLUMM Landscape

Photo de couverture : Barbara Hellin

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