Face à l’urgence environnementale, certains parcours prennent un tournant inattendu. De l’architecture d’intérieur à l’upcycling textile, puis à la création de matériaux issus de déchets, cette entrepreneure basée au Luxembourg trace une voie singulière. Son ambition : structurer une filière locale capable de donner une seconde vie aux textiles, à grande échelle, en conciliant design, innovation et impact.
Rédaction : Maria Pietrangeli
Pouvez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a menée à l’architecture d’intérieur puis à l’entrepreneuriat ?
Audrey Schoepfer : J’ai suivi un bac avec une option dessin, ce qui m’a naturellement orientée vers un parcours créatif. Je me suis ensuite spécialisée en architecture d’intérieur à Strasbourg. À mon retour au Luxembourg, j’ai intégré une PME spécialisée dans l’aménagement de bureaux.
Deux ans plus tard, j’ai créé ma première entreprise, ASC Design, avec laquelle j’ai travaillé pendant environ cinq ans sur des projets d’aménagement intérieur. J’ai ensuite réintégré le salariat à la suite d’une opportunité professionnelle en tant que Project Manager en architecture d’intérieur, une proposition que je ne pouvais pas refuser, même si l’envie d’entreprendre n’a jamais vraiment disparu.
Qu’est-ce qui vous a poussée à revenir à l’entrepreneuriat ?
Même en étant salariée, je n’ai jamais vraiment quitté mon ADN entrepreneurial. Pendant le confinement en 2020, j’ai recommencé à dessiner, notamment des vêtements, et je me suis intéressée à l’impact environnemental de l’industrie textile.
J’ai commencé très simplement, en transformant des vêtements que j’avais dans mon armoire et que je ne portais plus. C’est comme ça que le projet a émergé, presque de manière intuitive.
Comment est née Hermana Clothes et quels en étaient les objectifs ?
Hermana Clothes est née de cette envie de donner une seconde vie à des vêtements en fin de cycle, en les transformant en nouvelles pièces avec une identité forte.
Pendant deux ans, j’ai développé ce projet, organisé des défilés de mode upcycling et collaboré avec des acteurs comme Caritas ou Lët’z Refashion (aujourd’hui repris par Love on the Road). Il y avait aussi une vraie dimension de sensibilisation autour de l’impact textile.
Mais assez rapidement, j’ai constaté que le marché luxembourgeois n’était pas encore prêt à soutenir ce modèle à grande échelle, en tout cas pas suffisamment pour en vivre.
Pourquoi avoir fait évoluer votre projet vers le recyclage textile en matériaux ?
Je me suis reposé la question du sens initial : comment traiter efficacement les déchets textiles. L’upcycling est intéressant, mais il reste limité en volume et impose beaucoup de contraintes sur la qualité des vêtements. On ne peut pas absorber des quantités importantes. Le recyclage mécanique permet, lui, de traiter de plus gros volumes, avec moins d’exigences. C’est ce qui m’a amenée à explorer la transformation des déchets textiles en matériaux pour l’aménagement intérieur.
Comment avez-vous structuré cette nouvelle activité ?
J’ai suivi une formation au Social Business Incubator à Luxembourg, qui m’a aidée à construire un business plan et à poser une stratégie claire. En parallèle, j’ai mené beaucoup de recherches en Europe, en France, en Belgique, en Allemagne et échangé avec différents acteurs du secteur. J’ai aussi pu discuter avec des structures spécialisées, notamment à Paris, ce qui m’a permis de mieux comprendre les procédés et les applications possibles. Aujourd’hui, je travaille également avec une usine dans le nord de la France spécialisée dans les textiles innovants.
Concrètement, comment fonctionne la transformation des textiles ?
Je coordonne l’ensemble de la chaîne : la collecte, le design et la fabrication. Le délissage, c’est-à-dire le retrait des éléments non textiles est réalisé au Luxembourg, notamment avec l’ASBL Solina. Ensuite, les textiles sont envoyés en France pour être effilochés, transformés en fibres puis en rouleaux. Ces matériaux reviennent ensuite au Luxembourg pour être transformés en produits finis, comme des panneaux de feutre, utilisés en isolation thermique, acoustique ou en décoration, avec différentes épaisseurs.
L’intégralité de l’interview est à découvrir dans les pages de Femmes Magazine édition mai 2026
Photo de couverture : Unsplash +




