Après un accord de retrait bâclé en 2021 entre l’administration Trump et un groupe multitribal se qualifiant de « talibans », les Occidentaux quittent l’Afghanistan dans une pagaille indescriptible, abandonnant à leur sort de nombreux anciens collaborateurs ainsi que des femmes et des enfants.

Par Cadfael

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Cette citation du XIIᵉ siècle attribuée à Bernard de Clairvaux résume parfaitement l’analyse du professeur Sean Golden du CIDOB, centre de recherche en relations internationales basé à Barcelone.

« La chute de Kaboul confirme l’échec de la réflexion stratégique euro-américaine en Afghanistan, en raison de failles dans ses fondements idéologiques et conceptuels. » Et de citer un ancien officier : « Penser que nous pouvons débarquer dans un pays, y effectuer des rotations de six ou douze mois et changer fondamentalement l’évolution d’une culture m’a toujours semblé être un mélange incroyablement catastrophique d’orgueil et de naïveté. » /…/ Golden explique : « L’Union soviétique a tenté de créer en Afghanistan une société laïque garantissant éducation et droits à tous grâce à son modèle socialiste. L’OTAN a tenté de faire de même en formalisant les structures de la démocratie libérale. Ces deux modèles ont échoué en raison de la réalité des sociétés et des structures tribales qu’ils n’ont pas prises en compte ou qu’ils ont méprisées. »

En conclusion : « Une meilleure compréhension des cultures tribales et les analyses d’Ibn Khaldoun (sur l’histoire et la politique) auraient pu éviter de nombreuses erreurs euro-américaines en Afghanistan et auraient fourni de meilleures explications à la victoire des talibans que ne le font les identifications simplistes à l’islam, plutôt qu’au tribalisme et au nationalisme, comme force agglutinante qui les anime. » (Ibn Khaldoun, 1332-1406, analyse dans ses Discours sur l’Histoire universelle les cycles des évolutions historiques, qu’il classe en facteurs sociaux, culturels, climatiques, etc.)

Un dieu au service du fanatisme misogyne

Depuis le 15 août 2021, Kaboul est entre les mains des talibans, représentants de groupes tribaux et de leurs chefs de clan. Après quelques concessions de façade destinées aux Occidentaux, ils appliquent un islam sunnite ultrarigoriste, revu et corrigé par un « leader suprême » national, septuagénaire et invisible.

Sans aucune éducation, si ce n’est celle acquise dans une madrassa pakistanaise où il avait trouvé refuge lors de l’occupation russe, ce guide suprême, issu d’une puissante tribu de l’ethnie pachtoune, nourrit une obsession particulière pour les femmes. Il n’a plus été vu en public depuis la prise de pouvoir des talibans et correspondrait avec les membres du gouvernement uniquement par lettres. Lors de ses apparitions rarissimes, il tournait le dos aux fidèles, aucune photo n’étant autorisée.

Les femmes effacées

Dans un pays où, selon Human Rights Watch, « exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées et torture » sont monnaie courante, les femmes et les jeunes filles, une fois arrivées à l’âge de huit ans, sont « effacées de la sphère publique, du monde de l’emploi et de l’éducation » en vertu de la multitude de règles édictées par un vieillard septuagénaire. Elles sont contrôlées en permanence par les agents du ministère de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice.

Tout contact avec un homme qui ne fait pas partie de la famille est prohibé et le port de la burqa est obligatoire. Non accompagnées, elles ne peuvent rien faire, pas même recevoir de soins hospitaliers. L’accès à l’éducation est interdit aux filles de plus de huit ans. Leur droit au travail se limite aux salons de beauté et, parfois, à certains organes de santé, avec une liberté de circulation restreinte.

Selon UN News, durant le premier trimestre de cette année, 180 personnes, dont des femmes et des jeunes filles, ont été fouettées en public pour des faits d’adultère et d’homosexualité.

Les bacha bazi

Des ONG comme la suisse Humanium dénoncent cette sous-culture perverse qu’est la pédophilie en Afghanistan. « Cette pratique des “garçons jouets” recouvre l’esclavage de jeunes garçons par des hommes puissants plus âgés, souvent des Pachtounes » (New Line Institute, 2021). Habillés en filles et maquillés, ils dansent pour leurs maîtres qui, ensuite, leur demandent d’assouvir leurs besoins sexuels. C’est ainsi que ces garçons subviennent aux besoins de leurs familles.

Lorsqu’ils atteignent l’adolescence et que leur barbe commence à pousser, leurs services ne sont plus désirés et ils sont libérés. Leurs vies tragiques continuent de se détériorer en raison des dégâts psychologiques subis et d’une réintégration compliquée dans la société. Étant donné que les responsables de ces maltraitances ont toujours été des notables occupant des positions importantes au sein des systèmes corrompus du gouvernement, de la police et de l’armée, l’éradication de cette pratique demeure problématique.

Dans cette dictature où la seule branche économique florissante est la culture du pavot, il y a peu d’espoir de normalisation pour les femmes. Avec l’allié chinois que ce double langage ne semble pas indisposer et qui vient d’équiper Kaboul de 90 000 caméras de contrôle et de sécurité, les choses ne sont pas près de s’arranger.

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